Croisement avec d’autres troubles

Dépression du post-partum

La dépression du post-partum peut être en relation avec un traumatisme à la naissance. La mère peut connaître une dépression du post-partum seule, sans traumatisme, mais la dépression peut également faire suite à un traumatisme non dépisté. Ainsi, un accouchement traumatique non détecté et non traité peut se compliquer d’une dépression. Et un traumatisme peut être diagnostiqué à tort comme une dépression du post-partum.
La prise en charge divergeant, il est d’autant plus essentiel de poser le bon diagnostic afin que la mère reçoive des soins adaptés.

Selon les études, la comorbidité associant dépression du post-partum et stress post-traumatique obstétrical oscille entre 20% et 75% (McKenzie & al., 2015).

Concernant la dépression du post-partum, des ressources et du soutien sont disponibles via l’association maman blues : http://www.maman-blues.fr/

Altération de la relation mère-enfant

Le fait d’être « hantée » par l’accouchement, malgré toute bonne volonté, peut rendre la mère indisponible pour son enfant et venir brouiller la rencontre entre eux. Le stress-post traumatique induisant des troubles relationnels, il peut venir ainsi aussi troubler la relation avec le bébé (lié au traumatisme de surcroit). Une hypersensibilité aux stimulations sensorielles et un épuisement des ressources faisant également partie des symptômes du stress post-traumatique, elle entre en collision avec les échanges et soins à fournir dans un premier temps à un bébé.

Ainsi s’observent des bébés potentiellement très en demande de soins, très sollicitants, pour aider leur mère à être plus dans le présent (certains bébés dits aux besoins intenses-BABI-peuvent correspondre notamment à ce cas de figure). Cette demande peut rencontrer une réponse démesurée, la culpabilité maternelle pouvant être intense après un accouchement traumatique.  

Un mouvement de rejet de l’enfant, né d’un accouchement traumatisant, peut aussi s’observer, temporairement ou durablement. Dans les deux cas, cela peut exacerber la culpabilité liée à l’événement et au traumatisme vécu. Globalement, les mères qui sont moins sensibles en raison du traumatisme peuvent avoir un impact sur le développement cognitif et émotionnel de leur enfant. Les impacts commencent seulement à être compris et sont certainement importants (Cook, Ayers & Horsch, 2018 ; Garthus-Niegel, Ayers, Martini,  von Soest, Eberhard-Gran, 2017).

Traumatisme complexe

La préexistence de traumatisme peut amener au diagnostic de trauma complexe.

Le champ de classification des types de traumatisme s’est affiné au fil du temps. Ainsi, le traumatisme simple et unique dit de type I, a été complété ensuite par le traumatisme de type II, qui concerne un événement répété, présent constamment, ou qui a menacé de se reproduire sur une longue période, menant à une anticipation angoissante et une insécurité stressante constante. Il s’agit d’une extension de la définition du traumatisme de type I étant donné qu’il présente les mêmes effets traumatisants. Cependant, la nuance est dans le fait qu’il s’agit d’une répétition d’un premier traumatisme, qui se répète sur une période donnée, période vécue elle-même globalement comme un traumatisme. Ce contexte spécifique a mené certains auteurs à parler de « traumatisme complexe » (Herman J., 1997).

De diagnostic difficile, il complexifie la prise en charge, en raison des taux d’échecs plus élevés des thérapies brèves ou courtes habituellement efficaces dans le soulagement du stress constant (EMDR, hypnose, médication). Il convient pour ce faire de s’orienter vers une prise en charge très spécifique, potentiellement pluridisciplinaire, sécurisante, et empêchant la répétition de scénarios traumatisants, afin d’avoir un accompagnement adéquat et solide.

En effet, résultent de la préexistance de traumatismes, des mécanismes cognitifs modifiés, qui rendent encore plus vulnérable face aux potentielles agressions.

Les comportements abusifs sont donc plus faciles à mettre en œuvre face à une personne présentant des traumatismes car plus vulnérable. L’absence de réactions de la personne ou au contraire des réactions jugées excessives, sont mal prises en compte et amènent à des situations difficiles.

Ainsi, la dissociation et la mémoire traumatique, peuvent survenir lors de l’accouchement ou en post-partum et passer au travers du suivi du post-partum qui se concentre sur l’aspect strictement physique de l’accouchement.

Ce type de traumatisme affecte durablement la gestion des émotions, la personnalité (troubles identitaires), et affecte les relations (violence, opposition, méfiance, hyperconformisme). Les conséquences du viol sont catégorisées directement dans cette typologie de traumatisme dite de type II. Les réactivations traumatiques peuvent mener à des conduites dissociantes permettant une anesthésie émotionnelle temporaire au moyen de toxiques, pratiques automutilatoires, conduite à risque, etc.

Psychose puerpérale ou périnatale

La psychose puerpérale se présente comme une déstructuration psychique plus ou moins caractérisée qui nécessite une hospitalisation d’urgence et qui devrait en toute logique et humanité nécessiter dans le même temps – ou très peu de temps après, quelques jours tout au plus, le temps que les principaux symptômes de confusion s’apaisent – une hospitalisation conjointe avec son enfant, dans le cadre d’un milieu thérapeutique très contenant.

C’est un trouble psychiatrique complexe de survenue rare (un cas pour 1000 environ selon Craddock & al., 1994) qui représente un enjeu prégnant dans la relation à l’enfant qui est perçu comme un intrus, la relation étant l’objet de bouffées délirantes avec hallucinations auditives et visuelles. La psychose périnatale est une question difficile dans la plupart des pays parce que la mère est habituellement séparée du bébé lors des soins nécessitant une médication et une hospitalisation. Cette solution devrait pourtant être évitée le plus possible, afin de limiter la culpabilité inhérente à cette situation et de favoriser l’établissement de la relation.

Le ‘Lavender Mother and Baby unit’ en Australie est un exemple d’établissement qui prend en charge les patients atteints de psychose périnatale avec leurs bébés :

https://www.goldcoast.health.qld.gov.au/our-services/lavender-mother-and-baby-unit

Suicide périnatal

Dans un certain nombre de pays, le suicide est l’une des principales causes de décès périnatal jusqu’à un an après l’accouchement, seule l’insuffisance cardiaque étant responsable de plus de décès.

Le suicide est étroitement lié aux pathologies diverses sous-diagnostiquées évoquées (Khalifeh, Hunt, Appleby & Howard, 2016) et devrait donc être un enjeu de santé publique.

Outre l’implication directe d’une symptomatologie dépressive, des liens entre le stress post-traumatique et le suicide ont également été mis en lumière dans des études connexes sur l’ESPT en raison du caractère particulièrement bouleversant et invalidant des symptômes du Stress post-traumatique (Brunet & Monson, 2014).

En France, une équipe de l’inserm travaille sur l’analyse des morts maternelles dans l’année qui suit la naissance, en incluant leurs causes et prenant en compte l’évitabilité de ce décès. Dans son dernier rapport, l’équipe a souligné la part croissante de ces suicides en France :

http://www.epopé-inserm.fr/grandes-enquetes/enquete-nationale-confidentielle-sur-les-morts-maternelles


Les parties concernant la dépression du post-partum, l’altération de la relation, la psychose puerpérale et le suicide maternel ont été écrites par Elise de Maman Blues. Un grand merci à elle