Le facteur de risque le plus important pour l’accouchement psychologiquement traumatique est la naissance opératoire, en particulier la césarienne et l’extraction instrumentale d’urgence (Ayers, Bond, Bertullies & Wijma, 2016 ; Simpson & Catling, 2016 ; Adewuya, Ologun, & Ibigbami, 2006 ; Modarres, Afrasiabi, Rahnama, & Montazeri, 2012). Ces deux facteurs sont des occurrences identifiées 23 fois sur un effectif de 40 études parcourues dans l’étude intégrative de Simpson, Schmied, Dickson, & Dahlen, 2018. De façon plus fine, le fait d’avoir eu une césarienne en urgence ou une extraction sont tout autant pourvoyeurs de stress post-traumatique à distance (Ryding, Wijma & Wijma, 1998).
Les traumatismes interpersonnels (de personne à personne) sont de surcroit connus pour avoir une prévalence nettement plus élevée de stress post-traumatiques que les situations issues de scènes d’accidents par exemple (Yehuda & LeDoux, 2007).
Des études ont isolé quelques facteurs associés au risque de développer un état de stress post traumatique à l’issue de l’accouchement, parmi lesquelles on dénombre les traumatismes antérieurs ou les antécédents d’agression sexuelle, le manque de soutien social, les antécédents obstétricaux et les troubles de la personnalité (Montmasson, Bertrand, Perrotin & El-Hage, 2012 ; Simpson & al., 2018).
La tocophobie a également été identifiée comme facteur de risque de stress post-traumatique ou de dépression (Ayers, 2014 ; Ayers, 2017 ; Simpson & al. 2018).
L’état d’anxiété à l’issue de l’accouchement et les issues materno-foetales sont identifiés comme des facteurs significatifs (Montmasson & al., 2012 ; Fairbrother & Woody, 2007).

Il y a des événements évidents qui peuvent entraîner un traumatisme à la naissance, comme le décès du bébé et des événements très douloureux et / ou mettant la vie en danger. Les hémorragies majeures, les douleurs intenses, les déchirures du troisième ou du quatrième degré ou la peur de perdre la vie ou celle du bébé sont des facteurs de traumatismes connus pouvant mener à développer un ESPT (Ayers & al., 2016; Simpson & al., 2016). Des facteurs plus subtils tels que la perte de contrôle (Ayers & al., 2016), le manque de respect ou l’insensibilité du soignant, la déshumanisation et la perte de dignité sont également très importants et actuellement sous-estimés ou non reconnus (Simpson & al., 2018 ; Ford & Ayers, 2011). La durée de seconde phase de l’accouchement a aussi été mise en évidence comme facteur de risque considérable de traumatisme, même si l’accouchement s’achève de façon physiologique (Söderquist, Wijma, Wijma, 2002).
| Réponse donnée | n | % | Primipare | Multipare | p |
| Absence et / ou perte de contrôle | 1196 | 54.6% | 961 (55.3%) | 226 (51.2%) | 0.13 |
| Peur pour la santé / la vie de bébé | 1093 | 49.9% | 846 (48.7%) | 235 (53.3%) | 0.09 |
| Douleur intense / inconfort physique | 1039 | 47.4% | 850 (48.9%) | 184 (41.7%) | 0.01 * |
| Communication / explication | 957 | 43.7% | 773 (44.5%) | 178 (40.4%) | 0.12 |
| Travail long | 830 | 37.9% | 746 (42.9%) | 78 (17.7%) | 0.00 * |
| Manque de soutien émotionnel et / ou pratique de la part des soignants | 781 | 35.6% | 620 (35.7%) | 154 (34.9%) | 0.76 |
| Intervention spécifique effectuée au décours de l’accouchement | 758 | 34.6% | 608 (35.0%) | 145 (32.9%) | 0.40 |
| Divergence des attentes VS prise en charge effective | 751 | 34.3% | 617 (35.5%) | 133 (30.2%) | 0.03 * |
| Perte d’autonomie / d’implication dans le processus décisionnel | 664 | 30.3% | 513 (29.5%) | 146 (33.1%) | 0.15 |
| Peur pour sa propre santé / vie | 633 | 28.9% | 476 (27.4%) | 155 (35.1%) | 0.00 * |
| Manque de respect / d’écoute sérieuse / de traitement respectueux | 487 | 22.2% | 375 (21.6%) | 106 (24.0%) | 0.27 |
| Mauvaise issue (complications maternelles / néonatales sévères) | 444 | 20.3% | 334 (19.2%) | 108 (24.5%) | 0.01 * |
| Non respect d’une demande maternelle / refus de soin | 382 | 17.4% | 293 (16.9%) | 87 (19.7%) | 0.16 |
| Manque de soutien émotionnel de la part du partenaire | 178 | 8.1% | 134 (7.7%) | 42 (9.5%) | 0.21 |
| Autre | Autre | 17.4% | 293 (16.9%) | 87 (19.7%) | Autre |
| Séparation mère-enfant après l’accouchement | 36 | 1.6% | 32 (1.8%) | 4 (0.9%) | 0.17 |
| Travail rapide | 34 | 1.6% | 21 (1.2%) | 13 (2.9%) | 0.01 * |
| Ne pas avoir été consciente lors de l’accouchement (en raison d’une anesthésie générale ou d’une autre médication) | 25 | 1.1% | 22 (1.3%) | 3 (0.7%) | 0.30 |
| Raisons autres | 93 | 4.2% | 34 (4.9%) | 7 (3.9%) | 0.57 |
Adapted from Hollander, Van Hastenberg, Van Dillen, Van Pampus, De Miranda, & Stramrood, (2017). Preventing traumatic childbirth experiences: 2192 women’s perceptions and views. Archives of women’s mental health, 20(4), 515-523. (Significative p ≤ 0.05)
Par ailleurs, certains évènements ou le recours de produits anesthésiques dissociatifs (protoxyde d’azote, kétamine,…) peuvent favoriser des effets de dissociation, hallucination, et/ou amnésie qui sont des facteurs prédictifs de traumatismes bien identifiés (Ayers, 2017, Salmona, 2013 ; Heim & Nemeroff, 2009 ; Yehuda & al., 2007). Un taux de 16% de dissociation était ainsi retrouvé dans une étude portant sur les signes prédictifs de stress post-traumatique chez les primipares en France et étaient bien corrélés à la survenue de l’ESPT (Montmasson & al., 2012).
Dans une étude longitudinale concernant le stress post-traumatique consécutif à l’accouchement (226 femmes concernées sur un effectif de 950 femmes), 4 types de trajectoires d’évolution ont été identifiés :
- 61,9% des femmes évoluaient vers la résilience (patientes qui se caractérisaient par une plus faible manifestation de signes affectifs cliniques en post-partum comparé aux trois autres trajectoires)
- 18,5% vers la guérison
- 13,7% évoluaient vers un stress post-traumatique chronique
- 5,8% vers une survenue à distance du stress post-traumatique
Les deux dernières évolutions étant corrélées à une expérience traumatique antérieure et un faible niveau de satisfaction vis à vis des professionnels de santé. Le stress post-traumatique chronique et la guérison sont liés quant à eux à une peur intense de l’accouchement en post-partum et à un faible soutien social. Cette étude est cependant limitée dans le temps à 6 mois post-acccouchement et ne permet pas d’avoir plus de recul sur l’évolution des personnes ayant participé (Dikmen-Yildiz Ayers & Phillips, 2018).

