Les parents de bébés nés prématurés ou de bébés nés à terme et ayant bénéficié de soins intensifs néonatals sont plus vulnérables à l’ESPT, aux symptômes traumatiques, à l’anxiété et à la dépression. La dépression et l’anxiété ont également été définitivement associées à la naissance prématurée (Trumellow et al., 2018).
Il existe également des preuves d’effets préoccupants sur les liens maternels avec l’enfant et d’autres impacts à plus long terme sur le développement de la petite enfance associés au stress parental.
Une revue de littérature systématique publiée en 2007 a révélé que le stress post-traumatique était assez fréquent selon cinq études, mais a conclu que des faiblesses méthodologiques ne permettaient pas de démontrer qu’une naissance prématurée pouvait être à l’origine du stress post-traumatique parental (Karatzias, Chouliara, Maxton, Freer & Power, 2007).
Une étude américaine a démontré une forte association entre l’ESPT actif pendant la grossesse (comparé à un ESPT historique / guéri) et la prématurité, soulignant l’importance de connaître le profil traumatique de la participante pendant la grossesse afin de déterminer si une naissance prématurée était la cause du ESPT (Shaw, Asch, Kimerling, Frayne, Shaw et Phibbs, 2014). Une étude de cohorte prospective iranienne (un plan d’étude rigoureux qui sélectionne l’échantillon avant l’événement à mesurer) a révélé que 32,5% des mères et 4% des pères présentaient un trouble de stress aigu 3 à 5 jours après la naissance prématurée. Après un mois, 40% des mères et 21,5% des pères ont présenté les critères de l’ESPT, avec une corrélation montrée entre les scores des pères et des mères (Tofighi Naeem, Shariat, Zarkesh, Abedinia et Nayeri, 2019)
Une étude américaine récente a montré que des proportions élevées de parents ayant des enfants en unité de soins intensifs néonatale exprimaient des symptômes d’ESPT, et que cela n’était pas dépendant de l’âge gestationnel, ce qui suggère que l’origine de l’ESPT était liée à l’expérience de la maternité dans ces unités, plutôt qu’à la prématurité seule (Hua, Pham, Spinazzola, Li, Ng et Milanaik, 2018). Greene et al. (2015) ont récemment conclu que les mères de bébés vivant à en unité néonatale présentaient des symptômes de stress et d’anxiété post-traumatiques, en particulier s’il s’agissait de leur premier bébé, recommandant un dépistage systématique et un soutien intensif par les soignants, en particulier pour les primipares (Greene, Rossman , Patra, Kratovil, Janes & Meier, 2015).
Dès 2003, une étude suisse avait révélé que le stress post-traumatique parental était un facteur prédictif des problèmes de sommeil et d’alimentation des nourrissons, indépendamment des risques périnataux connus liés à la prématurité (Pierre Humbert, Nicole, Muller-Nix, Forcada-Guex & Ansermet, 2003). Des recherches récentes ont continué de se concentrer sur les impacts du bien-être psychologique des parents et du développement du bébé après la naissance prématurée : une étude italienne a examiné le bien-être psychologique de la mère et la formation de la relation mère-enfant. Ils ont démontré par des mesures quantitatives (échelles psychologiques validées) une tendance chez les mères de prématurés à des niveaux de sensibilité plus faibles, à des niveaux plus élevés d’intrusion, d’éloignement et de dépression. Le stress paternel et les symptômes post-traumatiques ont tous deux eu une incidence sur les interactions mère-enfant (Ionio et al., 2017). Une étude connexe a montré qu’à trois mois de l’âge corrigé du bébé, les sentiments paternels, le stress et les symptômes post-traumatiques prédisaient des scores plus faibles pour les mesures effectuées concernant les interactions mère-enfant et le développement du bébé (Échelle d’évaluation globale et échelles de développement de Bayley) (Ionio & al., 2018).
Ces résultats montrent que l’établissement d’un lien entre la mère et l’enfant est un processus complexe et qu’il est important, à moyen et à long terme, de veiller au bien-être de toute la famille.
Dans cette optique systémique du développement du nourrisson, une récente étude britannique a examiné les systèmes de soutien et les informations fournies aux parents de bébés prématurés. Une majorité des 209 participants ont estimé qu’ils n’avaient pas reçu suffisamment d’informations et de soutien en temps opportun (Blackburn et Harvey, 2019). Widding et Farooqi (2016) se concentrent sur les sentiments conflictuels que les mères peuvent ressentir lorsque les liens et l’exaltation attendus ne sont pas présents. Une autre étude récente a examiné les facteurs de résilience d’une cohorte de mères primipares ayant accouché de bébés admis en soins néonataux présentant d’autres facteurs de risques sociodémographiques (Rossman, Greene, Kratovil & Meier, 2017).
L’accent mis sur des stratégies pour accroître le contact avec le nourrisson dans les premiers jours et les premières semaines de vie, ainsi que sur la gestion des impacts psychologiques pour les parents reste un problème important. Promouvoir la possibilité de passer du temps en peau à peau (Flacking, Thomson, Ekenberg, Löwegren & Wallin, 2013), allaiter avec du lait maternel (Reinert do Nascimento & Issler, 2005) sont réputés pour leurs bienfaits psychologiques. D’autres interventions telles que des applications permettant aux parents de surveiller le nourrisson (voir par exemple Doron, Trenti-Paroli et Linden, 2013) sont des supports récents qui ont gagné du terrain dans certains services, mais peu ont été évalués de manière rigoureuse en termes d’impact sur le stress parental ou sur le trauma. Des interventions élémentaires offrant un soutien émotionnel et éducatif aux parents d’enfants prématurés peuvent réduire leur stress (voir, par exemple l’essai contrôlé randomisé de Abdeyazdan, Shahkolahi, Mehrabi & Hajiheidari, 2014). Dans leur étude danoise sur le stress chez les pères de bébés hospitalises en unité néonatale, Noergaard et ses collègues (2018) ont constaté que le stress chez 109 pères avait tendance à augmenter après une intervention visant à renforcer leur rôle de coparentalité, mais concluait qu’il était important de soutenir de telles opportunités (Noergaard et al., 2018).
Cette mini-revue n’est pas exhaustive et ne peut rendre justice au sujet. Le traumatisme est clairement associé à la naissance prématurée et peut se conjuguer avec d’autres sources de traumatisme périnatal. Cet aspect n’a pas été examiné systématiquement. Les études sur l’ESPT parental associé à la naissance prématurée se sont concentrées sur l’expérience essentiellement traumatisante de la parentalité d’un prématuré. Dans tous les cas, les parents de prématurés constituent un groupe très vulnérable (Fowler, Green, Elliott, Petty & Whiting, 2019) et les formations sur les traumatismes devraient être dispensées dans toutes les unités de soins intensifs néonatales (Sanders & Hall, 2018).

