Envisager une autre grossesse

Une autre grossesse est l’occasion de se confronter au précédent traumatisme, et ne serait-ce qu’à ce titre, nécessite un soutien spécifique dans le cadre d’une relation de confiance restaurée ou en cours de restauration avec les soignants. En effet, le précédent événement a entrainé une rupture voire un sentiment de trahison vis à vis du contrat de confiance implicite qui lie la patiente aux équipes soignantes.

Il est possible, si le besoin est ressenti, de reparler du premier accouchement mais cela n’a rien d’obligatoire, afin de ne pas forcer ce dialogue, l’essentiel étant de s’exprimer sur le sujet quand le besoin émerge/survient. Il est important de signaler le traumatisme, d’être accompagné de façon adéquate, et de se sentir en sécurité. 

Quoiqu’il en soit, un soutien psychologique et/ou l’adaptation à des demandes spécifiques peuvent être nécessaires au cours de la grossesse pour permettre d’envisager le plus sereinement possible la grossesse et l’accouchement. Ces facteurs sont d’autant plus importants sachant que la perception d’un faible support était prédictive d’interventions et d’un état de stress post-traumatique pour l’accouchement précédent. Le dialogue peut notamment permettre d’éliminer les situations à risques de flashbacks, dissociation ou de nouveaux traumatismes.

Il a en effet été établi qu’un nouvel accouchement peut autant être réparateur que traumatisant, ce qui abonde dans le sens d’une prise en charge adaptée en fonction de la personne et de ses besoins propres pour être sécurisée.

La tocophobie est prise en charge et accompagnée en tant que pathologie dans certains pays, mais les résultats d’études sur des effectifs conséquents[1] s’avèrent mitigés (Larsson, Karlström, Rubertsson, & Hildingsson, 2015) [2] y compris à distance (7 et 14 ans) et même après avoir expérimenté un premier accouchement (Möller, Josefsson, Lilliecreutz, Gunnervik, Bladh & Sydsjö, 2019). [3] Ces éléments plaident plus en faveur d’un accompagnement au cas par cas plutôt que d’une pathologisation d’une peur éventuellement légitime et qui nécessite d’être accompagnée comme telle.

Cette prise en charge est un jalon d’autant plus prégnant dans le parcours de soin gynécologique de la patiente concernée.

Il peut être envisagé si cela est possible et/ou souhaité de changer de lieu de naissance pour se sentir en sécurité. Par ailleurs, dans le cas où une voie basse serait envisagée il apparaît utile de réfléchir à un projet de naissance qui pourra être vu avec l’équipe et validé par le chef de service.

L’éventualité d’une césarienne programmée doit aussi pouvoir être évoquée par la patiente si elle le souhaite et cette demande doit pouvoir être entendue et étudiée sérieusement (la comorbidité d’un stress post traumatique étant à prendre en compte dans la balance bénéfices-risques). 


[1] 70 femmes pour l’étude de 2015, et 555 femmes pour l’étude de Möller publiée en 2019

[2] “Results : “Women in the counseling group reported higher childbirth fear 1 year after giving birth (OR 5.0, 95% confidence interval (95% CI) 2.6–9.3), they had a more negative birth experience that did not change over time (OR 2.1, 95% CI 1.2–3.9) and they preferred cesarean section to a greater extent (OR 12.0, 95% CI 5.1–28.1) in the case of another birth. Also, they were more often delivered by planned cesarean section (OR 4.7, 95% CI 2.4–9.1). However, 80% were satisfied with the given support.”

[3] « Results : Women in the index group less often gave birth more than twice compared with the reference group (8.2% vs 22.0%, P = 0.012). We found no significant differences in complications during subsequent pregnancies and deliveries. Women in the index group more often gave birth by CS in their first (P = 0.002) and second childbirth (P = 0.001), more often had a less positive birth experience (index group NRS: median 6.0, interquartile range 6 vs reference group NRS: 7.0, interquartile range 5, P = 0.004) in their first delivery and more often received counseling for FOC (58.7% vs 12.5%, P < 0.001) in subsequent pregnancies. Women in the index group more often experienced FOC (18% vs 5.3%, P = 0.001) 7-14 years after first childbirth.

Conclusions FOC is not easily treated. Despite treatment and exposure to childbirth many women received treatment in their next pregnancy and still suffered from FOC 7-14 years after the first childbirth.