Violences obstétricales

Les violences gynécologiques et obstétricales sont définies ainsi dans le rapport du HEC concernant les actes sexistes dans le suivi gynécologique et obstétrical (2018) :

Les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical sont des gestes, propos, pratiques et comportements exercés ou omis par un.e ou plusieurs membres du personnel soignant sur une patiente au cours du suivi gynécologique et obstétrical et qui s’inscrivent dans l’histoire de la médecine gynécologique et obstétricale, traversée par la volonté de contrôler le corps des femmes (sexualité et capacité à enfanter). Ils sont le fait de soignant.e.s — de toutes spécialités — femmes et hommes, qui n’ont pas forcément l’intention d’être maltraitant.e.s. Ils peuvent prendre des formes très diverses, des plus anodines en apparence aux plus graves.


Cette définition devrait cependant être complétée, car la violence perçue par les patientes en obstétrique peut prendre bien des visages et recouvrir bien des situations. Cette violence ne s’incarne pas toujours dans une personne et n’est donc pas systématiquement interpersonnelle. Pour les résumer schématiquement, on peut les dénombrer ainsi :

  • Pratique non fondée sur des preuves scientifiques (non-evidence-based practice)
  • Mauvaise pratique / négligence
  • violence institutionnelle
  • Violence interpersonnelle directe

Les voici plus en détail :


Les études citées précédemment dans Interventions, perte de contrôle, font un lien avec les violences obstétricales pour certains des facteurs de risques identifiés par les patientes (manque de soutien, communication, perte d’autonomie, manque de respect/non respect).

On retrouve ces mêmes facteurs dans une étude plus récente portant sur le vécu négatif ou traumatique de l’accouchement en utilisant le hashtag #genoeggezwegen (#breakthesilence) sur les réseaux sociaux aux Pays-Bas. 438 témoignages ont été récoltés, et livrent les conditions négatives dans lesquelles ces femmes ont accouché. Les récurrences les plus fréquentes identifiées portent également sur une communication inefficace, la perte d’autonomie, le manque de consentement éclairé et le manque de confidentialité. 5 thèmes se dégagent, on y retrouve “le manque de consentement éclairé”, “ne pas être prise au sérieux et ne pas être écoutée», “le manque de compassion», “l’usage de la force”, et «les conséquences à court et à long terme». A souligner, l’analyse des données a été effectuée en comité exclusivement composé de femmes, ayant des rapports et connaissances diverses de l’accouchement (de très positifs à très négatifs), afin de tendre vers une juste analyse des données, conscientes des biais de convictions et d’interprétation personnels qu’elles pouvaient avoir.

Enfin, une étude très récente en France a étudié le lien de causalité entre violences obstétricales et gynécologiques et stress post-traumatique (Habert-Bideau J., 2019). Il est constaté qu’une situation traumatique ne débouche pas nécessairement sur un stress post-traumatique, mais que lorsque celui-ci survient il est spécifiquement caractérisé par de l’évitement et de la méfiance pour des situations similaires, suggérant un suivi médical diminué voire supprimé après l’évènement. D’autres études sont attendues concernant les spécificités des symptômes de cet ESPT afin de proposer une meilleure prise en charge (dépistage et soin), mais aussi sur les évènement menant à ces traumatismes pour mettre en place une prévention auprès des professionnels de santé.

Toutes ces études tendent vers une meilleure prévention des soins afin de réduire autant que possible la survenue de situations à potentiel traumatique, et d’améliorer la prise en charge et le soutien des personnes concernées.


sources :

  • Hollander, Van Hastenberg, Van Dillen, Van Pampus, De Miranda, & Stramrood, (2017). Preventing traumatic childbirth experiences: 2192 women’s perceptions and views. Archives of women’s mental health, 20(4), 515-523.
  • van der Pijl, M. S., Hollander, M. H., van der Linden, T., Verweij, R., Holten, L., Kingma, E., … & Verhoeven, C. J. (2020). Left powerless: A qualitative social media content analysis of the Dutch# breakthesilence campaign on negative and traumatic experiences of labour and birth. PloS one15(5), e0233114.
  • Habert-Bideau J., (2019). Violences gynécologiques et obstétricales : conséquences psychologiques, sociales, et impact sur la qualité de vie des femmes.
  • Les actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical: des remarques aux violences, la nécessité de reconnaitre, prévenir et condamner le sexisme. Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, Rapport n°2018-06-26-SAN-034, voté le 26 juin 2018