La grossesse et l’accouchement constituent un moment pivot dans la vie d’une femme, ce qui a amené à le qualifier de crise maturative par la transformation identitaire profonde qu’il induit (Bydlowski, 2002 ; Alvarez & Golse, 2008).
A la marge, l’accouchement peut mener au développement d’un état de stress post-traumatique (ESPT), qui se distingue des bouleversements naturels du devenir parent par un tableau clinique précis.
Antérieurement exclu des situations pouvant mener au développement d’un stress post-traumatique en raison du fait que l’on considérait que l’accouchement faisait partie de l’expérience humaine habituelle, l’accouchement a été intégré aux évènements pouvant provoquer un ESPT en 1994 lors de l’écriture du DSM-IV de l’American Psychiatric Association (Vadeboncoeur, 2006).
On considère depuis qu’il représente un enjeu de santé publique, tant pour la santé des femmes que des bébés (Denis, & Callahan, 2009).
L’accouchement traumatique désigne un traumatisme psychologique survenant au décours d’un accouchement. Le terme est communément utilisé pour désigner un traumatisme physique subi par la mère et/ou l’enfant, qui peut être associé à un traumatisme psychologique chez la mère. Cependant, un traumatisme psychologique peut être présent, même si cliniquement la naissance n’a pas occasionné de complications ou de séquelles physiques.
Le traumatisme psychologique lié à l’accouchement est caractérisé par des symptômes spécifiques de choc psychologique qui persistent pendant des semaines, des mois ou des années après la naissance. Dans les cas les plus graves, un traumatisme à la naissance peut entraîner une affection psychiatrique appelée état de stress post-traumatique (ESPT en français, PTSD pour Post-Traumatic Stress Disorder en anglais) connu aussi sous le nom de syndrome ou de trouble de stress post-traumatique.
L’ESPT se définit par un dérèglement émotionnel, des difficultés de concentration et de mémorisation et une gamme d’autres symptômes qui sont sous-tendus par des changements neurobiologiques dans le traitement de la mémoire et la réponse au stress.
La perception d’un stress extrême, dans un contexte de danger psychique et/ou physique entraîne un bouleversement et un effondrement psychique qui enrayent le traitement de l’événement dans la mémoire, laquelle ne peut le traiter comme elle le fait habituellement.
L’American Psychiatric Association dans le DSM-V répertorie 20 symptômes de stress post-traumatique, qui peuvent être identifiés par un médecin et qui se caractérise par la présence d’au moins six des symptômes (American Psychiatric Association, 2013; et al., 2014) qui persistent pendant un mois.
L’ESPT est présent dans la population en général à des taux variables, en fonction du niveau de traumatisme subi. Cependant, des études menées dans plusieurs pays suggèrent que 20 % à 30 % des femmes présentent certains des symptômes de l’ESPT après la naissance à l’hôpital, et environ 4% développent l’ensemble complet des symptômes pour le diagnostic de l’ESPT. En isolant la gestité, on identifie jusqu’à 13% d’ESPT tardif chez les primipares (Montmasson, Bertrand, Perrotin, & El-Hage, 2012).Des chercheurs ont déterminé un taux de stress post-traumatique de 3,1% chez 776 femmes Australiennes 24 semaines après l’accouchement, même après contrôle du syndrome de stress post-traumatique préexistant (Alcorn, O’Donovan, Patrick, Creedy & Devilly, 2010). Une méta-analyse menée auprès de populations européennes a révélé des taux post-partum d’ESPT de 4,0% contre un niveau de fond de 3,3% chez les femmes enceintes et une augmentation de près de 19% dans les groupes à risque d’ESPT (Yildiz, Ayers, & Phillips, 2017).
Des études menées en Europe, en Amérique du Nord et en Océanie ont révélé que 20 à 30% des femmes présentaient des symptômes de traumatisme après la naissance (Czarnocka & Slade, 2000; Dekel, Stuebe, & Dishy, 2017; Halperin, Sarid & Cwikel, 2015 ; De Schepper, Vercauteren, Tersago, Jacquemyn, Raes & Franck, 2016). Le taux estimé de ESPT associé à l’accouchement en Europe est 2-6%, soit environ 4% globalement (Yildiz et al, 2017). Cependant, l’Etat de stress post-traumatique pre-existant dans la population féminine peut atteindre des taux beaucoup plus importants dans certains groupes hautement traumatisés. Par exemple, un taux de 40% a été déterminé pour des femmes Indigènes enceintes en Australie (Mah et al, 2017).
En Angleterre, on estime le nombre de patientes concernées par le stress post-traumatique consécutif à l’accouchement à 42 000 patientes (chiffres : make birth better), et ce chiffre serait au moins équivalent en France.

