Le trauma vicariant chez les soignants

Le traumatisme peut aussi toucher les personnes amenées à assister des personnes elles-mêmes traumatisées. Ce type de traumatisme s’appelle le trauma vicariant.

Si la gamme de symptômes qui sont associés au trauma vicariant sont bien identiques aux symptômes habituels du stress post-traumatique, sa cause est spécifiquement celle des accompagnants de personnes traumatisées.

Selon le DSM V, il correspond à la 4e catégorie de personnes pouvant être touchées par un ESPT, personnes étant exposées “de manière répétée ou extrême aux caractéristiques aversives du ou des événements traumatiques».

Il peut ainsi concerner :

  • des soignants (psychologues, médecins, sage-femme, auxiliaires de puériculture…),
  • des personnes de services d’interventions (pompiers, policiers,…)
  • mais aussi tout accompagnant de personne traumatisée (militants associatifs, …).

Toutes ces personnes peuvent être au plus proche de situations de mort effective ou de menace de mort dans le cadre de violences, d’agressions sexuelles ou blessures graves. Comme dans le cas des victimes, on note que le viol a une incidence forte.

Quels symptômes ?

La réaction au trauma peut être transitoire et se réguler dans le temps, ou perdurer durablement.

Le cortège de symptômes intègre :

  • des troubles de la concentration, des émotions (colère, tristesse peur,…) et de la mémoire,
  • des reviviscence (flashbacks, cauchemars, troubles du sommeil…)
  • de l’évitement
  • de l’hyper-réactivité (réactions très intenses, hyperactivité,…)

Ces réactions peuvent en parallèle être difficilement compréhensibles pour l’entourage ou les collègues.

Quels soins ?

La résilience est favorisée comme dans les autres cas par le soutien de l’entourage proche, mais aussi par l’environnement au travail (supervision, soutien entre pairs, réseaux professionnels).

L’approche pour le soin est souvent multidisciplinaire vu que le traumatisme est associé à un cumul de confrontation à des situations traumatiques. Les outils sont donc les mêmes que ceux indiqués sur le site en rubrique soins (EMDR, hypnose, psychothérapie, ICV, …) mais il est habituel de cumuler les approches pour être au plus près du besoin du patient.

En complément, voici une vidéo explicative concernant ce type de traumatisme (ici appliqué aux policiers) :

https://youtu.be/m02h3Vf48Ps

Quoiqu’il en soit, il demeure donc important d’en parler pour s’autoriser à aller mieux. Comme dans le cas de victimes directes, il s’agit d’une réaction normale à une situation anormale, qui peut être aidée.


Source : DSM V et revue Profession Sage-Femme d’octobre 2019.

5th annual birth trauma conférence – London

Organisée par l’association Make birth better réunissant des usager.e.s et des professionnel.le.s de la naissance en Angleterre, cette conférence s’est tenue sur une journée le 22 janvier 2020 à Londres.

Elle présentait des interventions de qualités sur ce sujet et les dernières avancées et innovations par des professionnels de secteurs variés (chercheuses, psychologues, sage-femme, sexologue, professeure de yoga).

Toutes ont eut à cœur de partager leurs connaissances et leurs découvertes concernant l’accouchement traumatique et son accompagnement, de façon complémentaire et empathique.

Parmi les interventions marquantes :

  • Dr Sophie Bagge, diplômée en psychologie de l’université d’East Anglia a présenté sa thèse qui s’intitulait : “A journey from science to art : Valuing the voices of women in the exploration of traumatic childbirth an perinatal mental health”. Sa présentation a été ponctuée de lectures de poèmes d’accouchements traumatiques très évocateurs.
  • Caroline Boyd, psychologue, s’est exprimée sur les pensées intrusives et leur survenue en fonction du stress ressenti par la maman (situation, lieu, support,…).
  • Emma Matthews, sexologue, s’est exprimée sur les problèmes sexuels après l’accouchement. Les troubles peuvent être de l’ordre du vaginisme ou des douleurs type vulvodynie/vestibulodynie, et sont définies dans le DSM V. Elles se caractérisent par une tension/douleur/contraction involontaire des muscles sexuels, des troubles du désir, des fluctuations dans le désir pendant l’acte sexuel et de l’évitement. Des thérapies sont possibles et rejoignent celles proposées par les soignants référencés sur le site des clés de Vénus.
  • Shweta Panchal, yoga thérapeute mais aussi diplômée de psychologie, a développé une approche autour du yoga pour la santé mentale en post-partum au sein du NHS (National Health Service). Les séances se basent sur la cohérence cardiaque qui a démontré ses effets bénéfiques dans la régulation du stress. Les séances se font sans bébé présent pour permettre aux mères de se consacrer à ce moment. La communication a été ponctuée d’un essai grandeur nature pour les personnes présentes dans la salle 😉
  • Julianne Boutaleb, psychologue périnatale, a clos la conférence en développant sur le devenir parent après un accouchement traumatique. Les parents servant de régulateur dans les émotions pour leur bébé, comment faire pour exercer ce rôle lorsque celles-ci sont déréglées après un trauma ? La culpabilité -d’être triste, de pleurer, de ne pas se sentir à la hauteur,…- occupe aussi un rôle central. Une prise en charge la plus précoce possible est défendue malgré un manque de psychologues périnataux dans certaines zones du territoire.

Cette conférence annuelle était riche en interventions et mériterait d’être organisée en France pour commencer également à se mobiliser autour de cette problématique, qui n’est pas moins présente sur le territoire français.

Témoignage : accouchement et COVID 19

Le nouvel Obs a publié récemment un témoignage dans ses pages d’une femme ayant été livrée à elle-même durant un long pré-travail en contexte de COVID19, avant d’être rejointe en salle de naissance par son conjoint une fois la mise en travail constatée. Aucun accompagnement humain ou de soulagement de la douleur n’a été proposée durant toute cette durée de pré-travail :

https://www.nouvelobs.com/nos-vies-intimes/20200513.OBS28770/accouchement-en-temps-de-covid-j-ai-traverse-seule-14h-de-contractions-c-est-criminel.html

Témoignages – l’accouchement traumatique

Le blog de la Mariée en colère publie régulièrement des témoignages d’accouchements, dont quelques témoignages d’accouchements traumatiques :

TW : césarienne sous anesthésie générale, hémorragie de la délivrance
TW : dissociation, grossesse pathologique, déclenchement, mauvaise prise en charge de la douleur, manque de soutien

Le site magicmaman.com a consacré un dossier spécial concernant l’accouchement traumatique avec plusieurs témoignages et l’interview d’une psychologue clinicienne :

https://www.magicmaman.com/,temoignages-elles-ont-vecu-un-accouchement-traumatisant,5905,2200869.asp


Femina a également publié un témoignage résilient d’une jeune mère après son premier accouchement et son cheminement vers une seconde grossesse :

https://www.femina.ch/societe/temoignages/jai-surmonte-un-accouchement-traumatique