Allaitement maternel & accouchement traumatique, quels liens ?

Si les débuts de l’allaitement ne sont pas toujours simples, des freins spécifiques émergent après un accouchement traumatisant dans les études.

Dans les effets négatifs relevés on retrouve une montée de lait retardée, plus de difficultés, une impossibilité de mettre au sein/aversion ou des réactivations traumatiques qui lèsent cette mise en place. L’émoussement affectif a également un impact dans ces moments d’échange et la rencontre peut se faire de façon plus reportée.

Le retard dans la montée de lait et la frustration peuvent venir renforcer le sentiment d’échec déjà présent si l’accouchement a nécessité des interventions qui ont été traumatiques.
La séparation précoce a également un impact sur l’enclenchement hormonal de la lactation.

Face à cette situation 2 trajectoires émergent, soit un arrêt prématuré compte tenu des difficultés rencontrées lors des tentatives d’allaitement maternel, soit une persévérance dans l’allaitement.

Afin d’accompagner au mieux ce moment délicat, il est possible notamment de promouvoir le peau à peau autant que possible (si la maman y est favorable) et d’expliquer le retard dans la montée de lait en proposant des stratégies pour y palier, évitant ainsi que cela soit vécu comme un nouvel échec.
Il est conseillé de s’adresser à une conseillère en lactation si besoin afin d’être épaulée correctement.

Ce contexte de stress intense en tous les cas devrait être plus souvent explicité afin d’alléger autant que possible les sentiments de culpabilité que l’on retrouve lors d’un stress post traumatique.

Sources :

  • Impact of birth trauma on breast-feeding: a tale of two pathways. Tatano Beck et al. Nurs Res. 2008.
  • PTSD and Breastfeeding: Let It Flow. Klein, Vanderbilt, Kendall-Tackett, IBCLC, 2014

Le Stress post traumatique après l’accouchement, un SSPT à part ?

Un post sur cet article passionnant qui a été publié avant l’été.

Le SPT est un trouble considéré comme hétérogène et dont la connaissance s’affine progressivement. Ainsi la dissociation a notamment été identifiée comme sous-type du SSPT et intégrée au DSM 5 (ouvrage de réf. sur les différentes affections psychologiques).

L’article plaide pour distinguer le SPT consécutif à l’accouchement (CB-PTSD) des autres sources de SPT.

Il se distingue des autres par plusieurs spécificités :

L’accouchement est généralement considéré comme un évènement positif

Pour cette raison il a longtemps été exclu des sources de SPT, et est encore discuté par certains qui le considèrent comme un trouble de l’adaptation et non un SPT. Considérer l’accouchement comme un événement unique et pourvoyeur potentiel de SPT est important en termes de légitimité & de reconnaissance pour les femmes qui le vivent.

Des caractéristiques cliniques & phénoménologiques uniques

On observe une prédominance des symptômes de re-expérience, liés probablement à l’expérience physique intense que représente l’accouchement, et qui ressurgit ensuite sous la forme d’images intrusives, par le biais de la douleur ou des relations sexuelles notamment. Le bébé peut aussi être un rappel post traumatique constant. Métaboliquement et hormonalement l’accouchement se distingue de toute autre source de SPT.

Des implications familiales uniques

Encore trop peu explorés, les effets du CB-PTSD concernent la famille dans son entier et peuvent impliquer des traumatismes secondaires chez le partenaire et des impacts sur les liens d’attachement.

Des survivants uniques

Il s’agit d’un des rares événements pour lequel le survivant directement exposé est toujours biologiquement une femme.

C’est un sujet de recherche jeune mais l’étendue des données collectées indiquent qu’il pourrait nécessiter une place à part dans les domaines scientifiques et cliniques du SSPT, comme ce fut le cas avec la dépression post-partum avant lui.
Cette avancée jouerait un rôle important au niveau societal comme pour l’amélioration de la prise en charge.