Je vous écris concernant les notes dans mon dossier, qui indiquent « extraction par ventouse, pour efforts expulsifs inefficaces » :
Ces notes ne précisent pas qu’à 18 :00 j’avais commencé à pousser à genoux quand j’ai été interrompue ; que j’ai été soumise à un toucher vaginal douloureux; qu’on m’a ordonné de pousser en décubitus dorsal sans me demander mon avis et sans essayer de trouver le cœur du bébé dans une position de mon choix ; qu’on m’a ignorée et refusé de m’aider à me redresser ; que la poche des eaux a été rompue contre mon refus express à 18 :30 parce que la sage-femme pensait que « le bébé allait arriver » (cela n’a pas fonctionné) ; qu’une tentative a été faite pour insérer une sonde dans mon urètre sans m’en parler ; que j’ai été obligée de pousser dans une position inconfortable et sans efficacité ; qu’on m’a administré du syntocinon à mon insu à 19:50 ; qu’on n’a cessé de me crier de pousser plus fort, tout en demandant pourquoi je ne poussais pas ; qu’on m’a dit (deux fois) que j’avais oublié mes cours de préparation à l’accouchement. On m’a parlé du syntocinon à quatre contractions de l’application de la ventouse, quand sa concentration a augmenté (non-précisé dans les notes) au point de ralentir le cœur du bébé. Le dossier ne mentionne pas non plus qu’on m’a mis les jambes dans les étriers de force, et que pour la première fois en plus d’une heure, le Dr A s’est adressé à moi pour me demander où j’avais appris à « pousser » (ce qu’il a d’ailleurs plutôt fait à la cantonade). J’ai pu finalement répondre que mon intention était d’épargner mon dos et de ne pas bloquer ma respiration. On m’avait ordonné de « pousser à fond » durant les deux contractions suivantes, quand quelqu’un a déclaré qu’il « fallait faire quelque chose », le problème étant que la tête n’était pas l’axe (également non-précisé dans les notes). Nous ne saurons jamais si le syntocinon et la ventouse auraient été nécessaires si j’avais été aidée au lieu de « gérée ». Mais je n’ai pas reçu d’aide et, dans ces circonstances, la mauvaise gestion de la deuxième phase a certainement contribué à – voire a provoqué – la détresse du bébé et la violence de l’extraction ultérieure.
Vous pourrez argumenter que : je suis ingrate ; que les femmes ont des attentes trop élevées ; qu’elles ne devraient pas lire tant de choses sur Internet ; que ces protocoles sont destinés à la sécurité du bébé ; qu’un accouchement, c’est cela et que la prochaine fois « vous verrez, vous n’aurez qu’à pousser dix minutes » ; que la ventouse est bien moins violente que les forceps ; que ma réaction est caractéristique de mon origine ; qu’il est plus facile de surveiller le périnée en position allongée ; qu’il n’y a que deux sages-femmes dans la structure qui soient favorables à la position à quatre pattes ; que la lithotomie est plus efficace ; que je ne comprends pas les risques ; que la loi vous oblige à appliquer un monitoring fœtal à partir de trois centimètres de dilatation*… J’ai entendu ces arguments ad nauseam. Un bref survol de la littérature de vos collègues suffit à discréditer toutes ces assertions. Consultez n’importe quel blog ou page Facebook français sur l’accouchement respectueux de la mère et de l’enfant, et vous verrez que ma réaction n’a rien de culturel. En outre, l’une de vos propres sages-femmes m’a récemment dit que le manque de communication avec les parturientes est un problème récurrent dans votre clinique. Elle m’a encouragée à écrire cette lettre et m’a indiqué à qui l’adresser.
Les parturientes ont des droits
Je considère donc que j’avais le droit d’être dans une position confortable, et de recevoir des encouragements et des informations durant le travail. J’avais aussi le droit de boire et de bouger, au moins durant les premières phases. Vous pourrez m’opposer que j’avais le droit de choisir un autre lieu, et je l’aurais fait, eussiez-vous fait depuis le début preuve de transparence quant à vos protocoles. L’accouchement physiologique fait partie du discours contemporain sur la naissance. Dès le début de ma grossesse, j’ai demandé s’il y avait une différence la clinique et l’hôpital, et on m’a répondu que non. Pourtant, il m’est clairement apparu qu’il y en avait d’importantes concernant le rôle des sages-femmes, le soutien de l’accouchement physiologique et la facilité d’accès à la péridurale. J’ai pensé à demander si j’aurais le droit de boire, mais j’ignorais que l’envie de bouger, par exemple, causerait une telle agitation chez une sage-femme par ailleurs bienveillante encore que surmenée. Je ne savais pas que vous aviez pour politique d’autoriser les femmes à ne pousser que durant 30 mn. Et quand, après 7 heures de petites contractions durant la nuit, je suis arrivée à mon rendez-vous à 10 h du matin sans contractions, je ne m’attendais pas à être condamnée à intégrer la salle de travail parce que ma dilatation était de trois centimètres, alors que tout ce que je voulais c’était manger, dormir, aller aux toilettes et attendre l’augmentation des contractions dans le confort de mon propre foyer. Vous avez donné vos ordres sans en discuter avec moi, sans prendre en considération mes souhaits et mon confort, et en opposition totale avec ce que j’avais appris durant les cours prénataux. C’est vous qui nous avez adressés aux sages-femmes libérales, et vous devriez donc assumer la responsabilité des énormes malentendus qui pouvaient se produire – et se sont produits.
La salle de travail manque du confort le plus élémentaire et la présence des sages-femmes est insuffisante
À partir du moment où le Dr B. m’a ordonné de rester à la clinique, personne ne m’a demandé comment je me sentais ni si j’avais besoin de quelque chose. En 12 heures passées dans la salle de travail, je n’ai pas reçu le moindre mot d’encouragement ou de réconfort, et on ne m’a pratiquement donné aucune information. On m’a reproché de bouger, on m’a demandé pas moins de quatre fois si je n’avais pas trop mal. J’ai été expulsée de la salle nature à 5 cm de dilatation, pour tenir compte de la visite de la clinique. Difficile de ne pas relever l’ironie qu’il y a à expulser une femme de cette salle précisément pour en faire la promotion. Je venais juste de réussir à m’endormir entre deux contractions, contre mon compagnon. Arrivée dans la salle de travail classique, j’ai perdu à la fois ma mobilité et le contact avec mon compagnon. La sage-femme, de même que mon compagnon, ont commencé à s’agiter en raison d’une indication de souffrance fœtale. Il n’y avait pas d’oreiller, la climatisation ne fonctionnait pas, et il n’y avait même pas de rideau dans un coin pour me permettre de veiller à mon hygiène personnelle en toute dignité. Je sentais très mauvais et j’avais envie d’éponger ma sueur mais je ne pouvais pas. Un drap était déroulé sur le matelas en vinyle de la table d’accouchement, mais il n’arrêtait pas de glisser, me laissant sur le plastique. J’avais chaud, j’avais soif, j’étais épuisée et je me sentais totalement seule. Ce n’est pas que la sage-femme ait été désagréable ou négligente ; c’est juste qu’il semble y avoir une telle obsession institutionnelle quant à la péridurale qu’elle est présentée comme le seul moyen de soulagement.
Comportements déplacés
Dr B., à environ 7 ou 8 cm de dilatation, j’ai ouvert les yeux et je vous vu devant moi. Vous avez dit : « Ce n’est pas aussi facile maintenant, hein ? » Croyez-vous honnêtement que j’ai passé des mois à me préparer mentalement et physiquement pour que ce soit « facile » ? Personne, pas même un médecin, ne devrait adresser des remarques décourageantes et inutiles à une femme en travail. Durant la phase la plus intense de mon accouchement, j’ai dû me concentrer pour ignorer un environnement excessivement inconfortable et indifférent. Vous auriez pu dire par exemple : « Le cœur du bébé bat bien jusqu’ici, » ou « Comment vous sentez-vous ? » ou « Vous semblez bien tenir le coup, vous avez besoin de quelque chose ? » ou « Êtes-vous à l’aise ? »
Dr A, durant la deuxième phase, vous avez dit à deux reprises que j’avais oublié mes cours de préparation à l’accouchement. Mon compagnon, suivant votre exemple, a décidé que mes muscles abdominaux étaient trop faibles pour pousser le bébé, et a décidé de me le dire. Je suis restée allongée pendant la dernière demi-heure de l’accouchement à souhaiter votre disparition et à ignorer les cris qui me pressaient de pousser contre mon instinct. Pendant que vous recousiez les déchirures infligées par la ventouse, alors que ma tension était de 16 et que mon bébé attendait le pédiatre sous une lampe à chaleur dans une autre pièce, vous avez voulu savoir pourquoi j’avais refusé la péridurale. Vous m’avez même dit : « La prochaine fois, vous l’accepterez peut-être, » comme si ces évènements étaient de ma faute. Comme si j’aurais pu mettre au monde un bébé avec un APGAR 10 comme par magie, eussé-je suivi vos instructions et accepté de rester passivement sur le dos pendant des heures avant l’expulsion. J’ai changé de sujet pour vous demander si vous aviez des enfants, et si votre femme avait été bien traitée lors de ses accouchements.
Avant de parler en présence d’une parturiente, demandez-vous si ce que vous allez dire comporte un encouragement ou une information utile. Si non, pourquoi le diriez-vous ?
Pourquoi l’accouchement physiologique est-il considéré comme une méthode par défaut ?
Reconnaissez que les femmes choisissent l’accouchement physiologique pour une multitude de raisons, généralement rationnelles et bien informées. Elles ne sont peut-être pas capables d’expliquer ces raisons en détail, mais en tant professionnels, vous devriez les connaître. Il ne s’agit certainement pas de masochisme new-age ni de conceptions spirituelles intangibles, comme cela m’a été suggéré par une sage-femme. La personnalité, la normalisation de l’accouchement physiologique dans la famille d’origine, les antécédents de santé mentale et l’attitude par rapport à la douleur sont des facteurs bien plus importants. Ce sont même des points essentiels pour les victimes de violences sexuelles. Ma plus grande crainte était de devoir rester allongée sur le dos, les jambes dans les étriers, sans pouvoir obéir à mon corps durant l’expulsion. À partir de mon troisième mois de grossesse, la seule idée de cette situation me faisait monter les larmes aux yeux.
Après avoir discuté avec des femmes qui avaient accouché à l’hôpital et après le début des cours prénataux, je me suis dit que les livres prêtés par ma belle-sœur étaient dépassés. J’aurais pu faire plus d’efforts pour débattre avec quelqu’un de mon projet d’accouchement. Toutefois, le simple fait de suggérer que je préférais éviter la péridurale a suscité d’abondants avertissements quant à mon étroitesse d’esprit : 80 % des femmes reçoivent une péridurale, même quand elles ne le veulent pas, et je ne pouvais pas exiger un troisième stade physiologique (ce que je n’avais pas demandé). J’ai compris à environ 8 mois de grossesse, que mon projet d’accouchement ne serait pas approuvé. À ce moment-là, il était trop tard pour changer de clinique ; cela aurait été trop stressant et je ne pouvais faire part de mes craintes à mon compagnon. En outre, ce n’était pas un projet ambitieux : j’espérais seulement éviter la péridurale et expulser le bébé par moi-même. Malgré ma préparation, de gros efforts et un accouchement à faible risque, mes pires craintes se sont réalisées et des complications potentiellement mortelles en ont résulté. J’en ai gardé une terrible cicatrice émotionnelle et un sentiment de deuil et d’impuissance assez semblables à ceux d’un viol. Ces troubles ont duré plusieurs mois.
Personnellement, je ne regrette pas ma préparation très efficace à une naissance non-médicamentée, et j’ai trouvé la douleur tout à fait supportable. En revanche, je regrette amèrement de m’être laissé convaincre de suivre des soins obstétricaux contraires à mon instinct, et je regrette d’avoir fait confiance à votre clinique. Mon compagnon était présent tout au long de cette épreuve, mais il n’a pas pu entendre ce que je disais car le poids de l’autorité médicale et la peur profonde engendrée par la naissance l’ont rendu incapable de m’offrir de l’empathie. J’ai terriblement souffert pendant des mois et notre relation aussi. Mais c’est vous qui étiez censés prendre soin de moi. Les hommes impliqués émotionnellement sont mal équipés pour devenir des doulas du jour au lendemain. Mon compagnon était également déçu d’avoir choisi ce qu’il croyait être le meilleur service médical pour prendre soin de sa famille. Ce qui signifie que nous attendions des soins modernes et adaptés, pas un traumatisme émotionnel et un risque physique augmenté.
Honnêteté envers les futures parturientes quant à ce qui est autorisé ou non
Je ne pense pas que ces torts étaient volontaires ; on m’a même dit que vous avez fait de votre mieux. Je suis reconnaissante d’avoir évité une épisiotomie ; le bébé a été placé sur mon ventre pendant environ cinq minutes, toujours relié par le cordon ombilical ; les lumières étaient éteintes et le personnel silencieux jusqu’aux encouragements des dernières contractions. Ces choses m’ont aidée. Je sais que l’inquiétude était authentique concernant le bien-être du bébé. La sage-femme, Jeanne, n’était pas désagréable, mais elle était stressée, fatiguée et divisée entre deux autres femmes en travail. Je ne crois pas qu’elle avait besoin d’une patiente comme moi ce jour-là, mais ce n’est pas moi qui ai demandé à être admise aussi tôt ! Ensuite l’équipe a changé, ce qui a affecté la continuité des soins et rendu les choses plus difficiles pour le tout le monde. L’aide qu’on m’a apporté pour la tétée était excellente. Je ne remets pas en cause vos compétences médicales. Durant mon séjour, les vérifications des infirmières étaient fastidieuses. Je sais que vous travaillez beaucoup, que vous sauvez effectivement des vies, et que vous avez sans doute été témoins d’horribles tragédies au cours d’accouchements. Malheureusement, cela n’excuse pas votre comportement envers nous, parce que je n’étais pas malade. Vous nous avez fait du mal, et je pense que vous devez le savoir.
Vous devez être plus transparent, particulièrement quand une femme indique sa préférence pour l’accouchement physiologique. Votre désapprobation personnelle ne devrait pas interférer, car, si elle est en bonne santé, c’est à elle de décider. Par contre, il vous appartient d’énoncer clairement que la clinique n’a que des capacités limitées en ce qui concerne l’accouchement physiologique. L’équipement, les protocoles et l’attitude du personnel n’y sont pas propices. Vos points forts résident peut-être dans l’administration rapide d’une épidurale et des soins médicaux de qualité en cas de pathologie, mais ce n’était pas ce dont j’avais besoin. Prendre le groupe des futures parturientes de haut, durant la visite de la clinique, en demandant si quelqu’un a l’intention de refuser la péridurale, n’est pas une preuve de transparence. Cela donne plutôt l’impression d’être sermonné par un professeur qui vous demande de reprendre vos esprits. Cela véhicule le message « Si vous voulez un accouchement physiologique, c’est que quelque chose ne va pas chez vous ». Mais les femmes savent que ce n’est pas vrai. Ensuite c’est un message confus, parce que dans la salle nature, vous soulignez qu’il y a des barres sur la table d’accouchement et que les étriers ne sont pas obligatoires. Vous pourriez dire : « Notre capacité d’accompagnement de l’accouchement physiologique est très limitée, parce que nous avons un système hautement médicalisé. » Voilà qui serait clair, honnête et respectueux.
Après la naissance
Quand je suis finalement retournée dans ma chambre, cette nuit-là, après que mon bébé ait été emporté à la nurserie, c’était avec la conviction que je pourrais retourner le voir une fois que je me serais douchée et nourrie. Quand l’eau de la douche s’est mise couler froide, et vous savez que c’est le cas, surtout la nuit, j’étais littéralement trop effrayée pour appeler quelqu’un et demander pourquoi. Cela peut sembler ridicule, mais le morceau de carton où la sage-femme avait écrit le numéro de nuit avait glissé derrière la table de chevet et je n’arrivais pas à le trouver. J’ai été morigénée une fois de plus par la sage-femme pour avoir utilisé les toilettes, parce qu’elle pensait que j’y étais allée seule. Ce n’était pas le cas mais je n’ai pas eu la présence d’esprit de le lui dire. De toute façon, elle préférait pousser les hauts cris sur ma tension élevée que de me demander comment je me sentais. J’avais peur, si j’appelais le mauvais numéro, d’être de nouveau punie pour mes exigences intempestives. Quand mon compagnon est revenu avec des sacs et un lit, il a pensé que nous allions dormir un peu. Lui l’a fait, mais je n’ai pas pu. Je suis restée allongée plusieurs heures, taraudée par l’envie de prendre une douche, par l’impossibilité de le faire à l’eau froide, par la peur d’appeler un faux numéro et par le découragement à l’idée de me montrer avec toute cette sueur et ce sang sur moi. La torture a donc continué alors qu’elle aurait dû être terminée.
Cette dernière partie n’est peut-être la faute de personne, mais cela démontre l’effet des attitudes que j’ai dû affronter ce jour-là. Mon confort et mes besoins ont été les derniers à être pris en considération après ceux du bébé, de la sage-femme, des médecins et de mon compagnon. Enfin, autour de minuit, alors que je venais de finir mon repas en me demandant pourquoi l’eau était froide, on a donné à mon bébé du lait artificiel. Je ne l’ai appris qu’en lisant les notes. Il n’avait pas tété dans la salle d’accouchement, et on m’avait assurée que s’il le voulait, on me l’apporterait. Étant donné ce qu’on sait sur l’ensemencement de la flore intestinale, les allergies occasionnelles aux laits artificiels et le rapport entre allaitement et lien affectif, c’est plus qu’impoli. Donner du lait maternisé à un bébé de trois heures sans la permission de sa mère, alors que celle-ci est éveillée dans une chambre à proximité, est inexcusable.
Conclusion
Pour une femme sensible, les pratiques et les attitudes que j’ai décrites représentent de cruels anachronismes. Votre clinique est une maternité inconfortable, même selon les meilleurs critères, et aucune femme ne devrait avoir à supporter les commentaires que j’ai endurés pendant et après l’accouchement. On devrait informer les femmes à tous les stades de l’accouchement. On ne devrait pas leur donner du syntocinon sans le leur demander et en l’absence d’une véritable urgence médicale. Si vous ne voulez pas de parturientes comme moi, veillez à être tout à fait transparents sur votre politique avec vos futures clientes. Permettez aux femmes de prendre des décisions conscientes sur leurs soins à chaque étape. L’arrivée d’une femme en bonne santé et bien préparée à un accouchement physiologique dans l’environnement offert par clinique ne peut que déboucher sur une lutte de pouvoir dans la salle d’accouchement, une femme traumatisée émotionnellement et une équipe stressée. Ce n’est juste pour personne, et c’est exactement le genre de déshumanisation irrationnelle et misogyne qui conduit certaines femmes à accoucher chez elles.
En résumé, plutôt que d’indiquer simplement « efforts expulsifs inefficaces », mon dossier devrait stipuler : « Non-assistance à parturiente affamée, assoiffée, en sueur, intimidée et mal à l’aise ; deuxième stade retardé par manque de communication et posture inconfortable, inefficace et humiliante ; délivrance par ventouse d’un bébé stressé en raison de l’administration de syntocynon ». Je me souviendrai toujours du jour où mon fils est né et où j’ai goûté pour la première fois à l’accouchement. C’est un triste jour, car j’ai été déshumanisée, on nous a séparés sans nécessité pendant 7 heures et notre relation a souffert d’une terrible tension. Il n’y avait pas de joie, seulement du choc, de la colère et de la honte. J’ai pensé que je devais vous le dire.
Cordialement,
Une parturiente qui regrette
* Voir les notes du samedi 26/10, dans lesquelles elle « m’explique pourquoi le travail a été « surmédicalisé » », un terme que je n’ai jamais employé. Elle m’a dit qu’Jeanne était surchargée de travail et que c’était sans doute pour cela qu’elle avait été sèche avec moi quand je bougeais « trop ». Elle m’a aussi déclaré que le monitoring fœtal constant est requis par la loi à partir de trois centimètres de dilatation et que les règles sont les mêmes dans tous les hôpitaux de France, ce qui est faux. Elle m’a dit également que deux sages-femmes seulement encouragent l’expulsion à quatre pattes, et que je ne devrais pas me plaindre car il n’y avait pas eu d’intervention jusqu’à la fin. Puis elle a commencé à se plaindre de moi dans le couloir, assez fort pour que je l’entende, devant une aide qui changeait les draps et nettoyait par terre. Quand cette personne est entrée dans ma chambre après-coup et que j’ai fait une remarque sur la sévérité des règles, elle m’a également fait la leçon sur l’importance d’être à jeun durant l’accouchement. On devrait peut-être conseiller au personnel de nettoyage de suivre des études de médecine avant d’aborder ce genre de sujets avec les patientes.