Le mois de septembre a été l’occasion dans les pays anglophones d’avoir une semaine de sensibilisation à l’accouchement traumatique, sensibilisation qui ne connait pas encore d’équivalent en France.
De façon assez ironique le rapport des 1000 jours a été rendu durant cette semaine et ne fait aucune mention du stress post-traumatique consécutif à l’accouchement qui concerne pourtant une proportion importante de femmes en France, à l’égal de nos pays voisins.
A cette occasion, nous avions relayé le témoignage d’une étudiante sage-femme en dernière année. Elle a soutenu un mémoire de M2 sur ce sujet et délivre son cheminement autour de ce sujet, donnant aussi un éclairage sur les freins rencontrés dans ce parcours.
Bonjour à touses,
Je m’appelle Manon et je suis jeune sage-femme diplômée.J’ai réalisé mon mémoire de fin d’études sur l’accouchement traumatique et comment les sages-femmes peuvent accompagner en post-partum les femmes ayant vécu un accouchement traumatique. Le thème de cette semaine étant sur ce sujet, je décide de me lancer….
Je souhaite vous raconter comment m’est venue l’idée de traiter ce sujet. Tout d’abord, par une connaissance. Cette personne avec qui j’étais en contact régulièrement s’est confiée en me racontant son accouchement de 2016. Un accouchement dont elle en garde un traumatisme, car des gestes obstétricaux ont eu lieu sans son consentement et sans lui donner aucune information par la suite. Elle n’a jamais pu en discuter durant son post-partum et a décidé récemment de consulter pour en parler. Le chemin va être long….. à l’époque j’étais en milieu de 3e année de sage-femme. Ensuite je suis partie en mission humanitaire en Ethiopie avec mon conjoint, dans la maternité d’Addis Abeba, la capitale. Cette mission a été plus qu’enrichissante et m’a beaucoup apporté d’un point de vue professionnel mais aussi personnel; et surtout m’a confortée dans mon choix d’être sage-femme……. Malgré le manque de matériel et la barrière linguistique, j’ai pu apporter un accompagnement aux femmes (les conjoints n’étant pas admis en salle de naissance), les aider face à la douleur, les soutenir, respecter leurs souhaits et leurs choix, faire face à des situations urgentes ou compliquées tout en plaçant la femme au coeur de la prise en charge. Durant un mois, on s’est démenés pour essayer de faire comprendre à l’équipe médicale que c’était de l’irrespect, du viol, et des violences obstetricales certaines de leurs prises en charge. Le chemin est long et difficile, mais nous avons réussi à faire prendre conscience à déjà deux medecins et nous étions très heureux….
Ces différentes expériences, retours de patientes et ces différents couples accompagnés, m’ont amenée vers ce choix de sujet de mémoire. Un sujet que j’ai travaillé sur mes deux dernières années d’études, où j’ai eu la chance de rencontrer et d’échanger avec des personnes ressources m’ayant beaucoup aidée, qui m’ont beaucoup apportée et soutenue. Je leur en serai toujours reconnaissante, merci encore. Après ce long travail, vient la soutenance à l’école où mon sujet a été très mal reçu et non compris par le jury qui apparemment ne juge pas utile de traiter ce sujet…. un choc pour moi. Pour ce long parcours que nous menons ensemble pour essayer de faire changer les choses. Mais je ne baisserai pas les bras! Nous commençons à parler de ce sujet, et nous allons mener un combat pour sa reconnaissance et pour que chaque professionnel de santé puisse proposer l’accompagnement optimal à chaque femme, chaque couple.
Aujourd’hui, une femme sur trois vit son accouchement de manière traumatique, les choses doivent changer!! J’ai choisi le métier de sage-femme pour pouvoir proposer un accompagnement personnalisé à la femme et au couple tout en respectant leurs choix et leurs souhaits et je me battrai pour continuer à travailler de cette manière. Vous nous accordez votre confiance, vous nous offrez une telle reconnaissance qui est le plus beau cadeau que nous pouvons recevoir, nous devons vous accompagner à n’importe quel moment.
Manon
