Témoignage 1/2 : Olga, 36 ans – Maternité de N… – IDF

J’ai accouché il y a un an déjà et il ne s’est pas passé un seul jour depuis sans que je ne revienne à ce qui s’est passé avec ma fille et moi le jour de sa naissance. J’en garde un énorme traumatisme et une grande culpabilité devant mon bébé parce que je ne lui ai pas offert une belle naissance, loin de là.

Il m’a fallu un an pour trouver le courage de publier mon vécu, tellement c’est douloureux. C’est douloureux et je n’arrive pas à assumer que ça m’est arrivé à ma fille et moi. Et je ne sais pas que faire avec. Alors je vous demande votre compréhension et votre soutien.

Le contexte est le suivant : c’était mon quatrième accouchement. Et c’était un déclenchement. Je me suis réinscrite dans une maternité qui prône la physiologie en banlieue parisienne où j’ai accouché de mon troisième enfant en 2013. Tout s’est bien passé et en plus j’ai vraiment apprécié la possibilité de pouvoir sortir le jour même, ce qui n’est pas possible partout. Absolument confiante et reconnaissante je me suis donc réinscrite là-bas.

Je n’avais pas de projet de naissance comme pour mes accouchements précédents d’ailleurs, car je n’avais pas d’attentes spéciales – sans péri si je peux, avec un peau à peau après la naissance c’est chouette…

le travail

J’ai été accueillie par une très jeune sage-femme, froide et pressée dès le début. Elle ne voulait pas échanger un mot de plus que nécessaire avec moi et ne pouvait pas passer avec moi une minute en plus. Mon mari m’a déposée et il est ensuite reparti préparer le déjeuner pour nos trois enfants à la maison, j’ai été donc toute seule tout le temps. Ensuite j’ai vraiment vraiment regretté d’avoir le laissé partir. Dès que je rentre elle me dit (avec un sourire mais pas vraiment chaleureux) :

  • Je vous donne cette blouse et vous êtes obligée de la porter. Il faut la mettre impérativement. Vous n’avez pas le choix. (Elle évoque la raison de mon déclenchement) C’est grave ce que vous avez et nous on ne rigole pas ici hein. Donc pour vous c’est le monitoring en continu. Non pas droit d’aller aux toilettes, je vous donne un bassin. J’imagine que vous êtes contre tout ce qui est chimique… ? Alors je vous propose tenter la rupture de la poche des eaux.
  • Euh… contre je ne sais pas (- et d’où elle tire ça ??? pour ma part je la vois pour la première fois de ma vie, mais c’est vrai que j’avais beaucoup d’appréhension devant un déclenchement. Mais finalement j’ai accepté et je suis là. Doit-elle rajouter encore des jugements sur moi??? ). Je lui dis : Je suis quand même venue ici pour un déclenchement. Si c’est votre question j’accepte la rupture de la poche des eaux…
  • Bon bah je n’ai pas réussi. Tant pis. C’est donc la perfusion de synto pour vous. Là vous n’avez pas le choix. Je vous propose de prendre la péri avant le début de la perfusion.

Imaginez donc l’ambiance. J’essaie d’être gentille, je cherche un minimum de contact humain. Je lui demande combien de temps dure sa journée de travail (on est environ 10h, elle est peut-être vers la fin de sa garde ? parce qu’elle a l’air d’être très fatiguée de devoir me parler)

  • La durée de travail est différente pour toutes les femmes. Ça je ne peux pas vous dire.

??? En fait elle m’écoute à peine – pas de dialogue possible.

Pour la péri j’ai dit – on verra et elle vient toutes les heures pour un TV. J’ai l’impression que je suis la seule à accoucher ce matin mais la sage-femme ne peut pas rester une petite seconde de plus avec moi. Je me suis même demandée s’il n’y avait pas de quelque chose de personnel mais non. Mais j’avais vraiment l’impression qu’elle a du mal à me tolérer.

Une heure après elle m’enlève la perfusion. Grand soulagement pour moi – même si ça ne change rien – je reste seule dans cette chambre branchée de partout. Les contractions s’intensifient, en plus j’ai envie de faire pipi (impossible d’utiliser le bassin et pas droit d’aller aux toilettes). Certaines contractions sont déjà vraiment atroces et c’est que le début. Je suis seule et je désespère. J’ai maaaaaal mais c’est surtout la communication avec cette sage-femme qui me déstabilise.

Et là d’un coup bebe descend, énorme pression sur mon col et derrière, et j’ai envie de pousser. Quel soulagement ! Très contente je sonne. La sage-femme m’examine sans rien exprimer.

  • Vous êtes à 5 cm, Madame.

(Pour info j’étais à 4 cm quand je suis venue, on m’a enlevé la perfusion quand « le col a bien évolué », j’ai eu 2 ou 3 h de contractions rapprochées et intenses…. Je ne comprends pas !)

  • C’est peut-être le moment pour prendre la péri, Madame.
  • Oh non maintenant que ça pousse je ne vais pas céder. Je sais que je suis sur la fin.
  • Je vous répète que vous êtes seulement a 5 cm. J’appelle l’anesthésiste ?
  • Mais non… Qu’est-ce que je fais alors avec cette envie de pousser ?
  • Ça je ne sais pas. Vous ne voulez pas la péri… Je vais vous apporter un ballon !

Ballon apporté elle claque la porte aussitôt. J’essaie le ballon… Impossible ! Quand vous avez envie de pousser vous êtes bien sur quelque chose de stable. Lutter contre son envie de pousser sur ce ballon était impossible pour moi, j’ai failli perdre l’équilibre et tomber. Du coup je laisse ce ballon inutile.

Dans quelques minutes je vois que je saigne ce qui m’est arrivé uniquement à la dilatation complète lors de mes trois précédents accouchements – non mais vraiment ça serait dommage de céder juste à la fin, surtout quand ça pousse. Je commence à douter la fiabilité de son examen… Je sais que je ne suis pas à 5 cm !!!

Mon utérus commence à gonfler et puis appuie sur les fesses du bébé pour l’envoyer en bas !!!! Je ne suis vraiment pas loin !!!

Je sonne et je demande de me réexaminer. Impossible.

  • Calmez-vous, Madame, vous n’êtes qu’a 5 cm.
  • C’était déjà il y a 20 minutes et c’est quand même mon quatrième bébé, j’ai envie de pousser moi !
  • Mais vous n’êtes qu’à 5 cm. Vous voulez la péri ?
  • Je vous demande de me réexaminer.
  • Vous réexaminer alors que la poche des eaux s’est rompue ? Ça risque d’infecter votre bébé… donc non.
  • Mon bébé ne demande qu’à sortir.
  • Mais noooon, vous êtes à 5 cm, je vous ai dit déjà.
  • Arrêtez de dire que je suis à 5 (je pleure).

Je suis complètement perdue. Qu’est ce qui se passe alors ? Et je n’ai plus du tout de contractions depuis. Juste cette déchirante envie de pousser. Que va se t’il passer ? J’aurais peut-être une césarienne ?

  • Je vois que vous n’êtes pas bien. Vous êtes sûre que vous voulez pas la péri… ?

Elle ne parle pas méchamment mais d’un coup je ressens une énorme peur, une vague de terreur – je comprends que je peux mourir et elle va juste dire – oh il faut appeler l’anesthésiste. Et elle ne va rien faire pour moi. Je commence à songer à toutes les femmes dont les accouchements ont viré aux catastrophes dans cette même salle. J’ai du mal à respirer, je suis désemparée. Vraiment. Je veux que tout s’arrête à tout prix, j’en peux plus. Je meurs.

Si seulement vous pouviez vous mettre à ma place et imaginer de devoir accoucher avec un immense sentiment d’insécurité. Et de solitude. Et d’impuissance.

La sage-femme attend ma réponse pour la péri, larme aux yeux je dis que j’en peux vraiment plus, je vais peut-être la prendre. Elle ne dit rien. Depuis un bon moment j’ai l’impression que je suis dans un sauna et il fait 80C. Je suis toute rouge, je transpire. Je demande à boire – c’est oui – et d’aller enfin au WC – c’est oui cette fois ci (c’était non pendant les 4 heures avant). Cela me redonne les forces ! Au WC j’essaie de m’examiner moi-même alors pour la première fois de ma vie – vous pouvez imaginer mon désespoir ! Je n’y comprends rien évidemment. J’ai trouvé juste la tête de mon bébé. J’ai caressé cette tête. Du coup je me suis dit – tu n’es pas seule, tu as ton bébé. J’essaie de m’encourager autant que possible.

Je sors de WC, je dis non à la péridurale, je répète que j’ai aucune contraction depuis un bon moment déjà et que j’ai envie de pousser. Je la supplie de m’examiner. Elle m’informe qu’elle va m’examiner à 14h. Pas avant. Encore 1/2 h d’attente ? Je rêve ?

J’ai chaud, j’ai peur, ça pousse – c’est une torture ! J’ai beau pleurer – elle est déjà sortie !

Je souffre énormément. Je regrette amèrement d’être venue, d’avoir accepté ce déclenchement merdique. Mais quel accueil ! Tant bien que mal je passe une longue 1/2h à lutter contre mon propre corps – je ne sais pas pourquoi d’ailleurs.

Ce réflexe d’éjection s’espace mais devient assez méchant et violent. Mon utérus a l’air de me dire – si tu ne m’aides pas, je vais te faire une descente d’organes, aides moi – le bébé doit sortir au plus vite !

Alors je sonne encore 2 ou 3 fois juste pour entendre non-non-non à tout ce que je demande.

Maintenant je regrette que je n’aie pas menacé de partir et d’accoucher sur le parking. La sage-femme de toute façon ne pouvait rien faire pour moi.

Enfin il est 14h, elle ne vient pas, j’écrase la sonnette avec la force qui me reste parce que là je ne peux vraiment plus. C’est tellement horrible. C’est physique mais c’est aussi la peur, le fait qu’on m’ignore, cet état d’insécurité qui grandit de plus en plus. Tout cela, ça m’a dépassée.

Une autre sage-femme répond à mon appel, elle propose un TV (très doux) et me confirme que je suis à la dilatation complète (je répète donc que je n’ai eu aucune autre contraction douloureuse depuis une heure. Mon explication c’est que mon état a faussé le premier examen, j’ai été tellement crispée. Ou alors elle n’est pas douée. Un quart d’heure avant cela elle m’a presque forcé dans la péri)

Les poussées

Soudainement la salle se remplit du monde. Après avoir passé tout mon accouchement SEULE je devrais accoucher devant un groupe d’étudiants ou stagiaires. Aucun étudiant ne s’est présenté. Ni bonjour, ni présentation, ni rien. Aucune demande si je suis d’accord. Zéro.

L’aide-soignante ou puéricultrice me regarde d’un air critique et parle à la sage-femme comme si je n’étais pas là – elle fait quoi par terre ? Je maintiens – ni bonjour, ni présentation. Je ne connais pas son prénom et je ne le saurais probablement jamais alors que c’est mon accouchement quand même.

Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai été au sol. Dans ma mémoire, après l’examen je me suis levée du lit mais j’ai été tellement exténuée que je ne tenais plus sur mes jambes du coup je me suis mise à genou devant tout ce monde. La deuxième sage-femme m’a demandé où je souhaite accoucher. Je n’avais pas de souhaits particuliers mais la présence de tous ces étudiants m’a déstabilisée. Trois personnes, trois inconnus – je n’ai pas compris pourquoi ils devaient être présents à mon accouchement et pourquoi ils parlaient comme si je n’étais pas là.

  • Elle fait quoi par terre ?
  • Apriori elle n’a pas pris la péri, elle veut accoucher comme ça.
  • Ah d’accord.

Après avoir passé tout mon accouchement seule ou avec une sage-femme distante j’ai trouvé que c’est encore pire quand tu es entourée des étudiants bruyants et intrusifs. Du coup je me suis posée (cachée) de l’autre cote du lit comme ça je ne les voyais pas. J’ai été agenouillée au sol et séparée d’eux par le lit. La première sage-femme rentre dans la salle et s’assied derrière moi.

J’essaie tant bien que mal de me calmer, de reprendre ma respiration, de retrouver ma bulle, cette sensation d’être en lien avec son bébé. Les étudiants parlent entre eux. Je n’y arrive pas.

Finalement je sens l’arrivée d’une énorme contraction (mon utérus a l’air de me dire – enfin !!! enfin !!! je donne TOUT il faut que le bébé sorte le plus rapidement possible). Cette énorme contraction je la vis en silence parce que je n’ai plus de voix, de toute façon on ne m’entend pas ici.

Le bébé descend beaucoup d’un coup et la deuxième sage-femme réajuste le monitoring. Je ne supporte pas ce monitoring qui me serre le ventre beaucoup trop, ces étudiants bruyants. La sage-femme dit : Oh ! Vous avez des hémorroïdes !

Dans ce brouhaha je me demande si c’est vraiment moi qui le vis ou quelqu’un d’autre. J’ai l’impression d’être témoin à mon accouchement ou je ne peux rien contrôler, rien changer, rien demander. Je parle mais on ne m’entend pas.

La naissance

Là encore une contraction et mon bébé sort complètement. Je me retourne pour qu’on me le donne et je le vois tout rose, tout propre, tout petit sur le sol dur de l’hôpital ! Je fonds littéralement en larmes parce que j’ai tant rêvé de cette rencontre et ce n’est pas du tout ça ! Je pleure tellement. Je pleure et je ne peux même pas décrire mon malheur. C’est juste indescriptible.

C’est mon bébé là qui dans son premier instant de sa vie s’est tapée la tête sur le sol de l’hôpital ?! Un énorme sentiment de culpabilité et de regrets m’envahit – mais quel accueil, c’est vraiment inhumain !!! Je pleure énormément – je n’ai pas choisi le bon hôpital, je n’ai pas su lui offrir une belle naissance. J’ai erré quelque part, je ne sais pas où, mais je regrette beaucoup ! Mais que fait donc la première sage-femme – je vois son dos, en fait je la croyais avec moi mais non !!! Même à ce moment elle ne l’était pas !!! En fait elle a fait quoi pour moi ce jour-là ??? En fait elle s’est assise trop loin derrière moi et alors que je la croyais derrière moi pour réceptionner le bebe elle ne faisait pas vraiment attention à ce que je faisais !!!

Non mais c’est vraiment horrible – je n’ai pas su, je n’ai pas réussi, j’ai fait tomber mon pauvre bébé, c’est horrible ! J’ai tellement tenu, j’ai ressemblé tout mon courage et en fait après l’accouchement c’est encore pire.

Cette image d’un nouveau-né tout nu, tout fragile, tout seul par terre restera gravé à jamais dans ma mémoire.

Je tends les bras vers mon bébé mais la puéricultrice sans prénom avec un air très grave et inquiète accourt avec les ciseaux. La sage-femme est affolée, elle repousse mes bras, coupe le cordon et la puéricultrice amène mon bebe sur la table de réa. Je ressens une telle peur pour mon pauvre bébé que je ne peux pas vraiment respirer. Silence totale. J’essaie de voir ce que fait cette puéricultrice à mon bébé – elle ne fait rien, elle le regarde, elle regarde dans ses yeux, elle vérifie ses réflexes. Personne ne parle, moi je pleure toujours. On ne me parle pas. Je ne vois pas très bien derrières les dos des 5 personnes présentes qui s’en foutent totalement de moi mais j’ai l’impression que le bébé va plutôt bien MALGRE cette naissance. L’ambiance se détend peu à peu.

La première sage-femme me félicite visiblement soulagée que le bebe aille bien. Sa voix tremble – Madame a réussi à accoucher sans péridurale. Mais dès le départ je savais qu’elle était très courageuse !

En fait je suis là mais elle me parle comme si j’étais absente.

Je suis choquée et je ne peux pas vraiment réaliser que j’ai accouché sans mon bébé dans mes bras. Mais on m’a privé de ce moment de peau à peau. On m’a privé des explications aussi. La puéricultrice anonyme prend son temps pour mettre une couche à mon bébé (!!!) pour me le donner éventuellement ENFIN. Moi je n’ai rien demandé mais elle a décidé ainsi pourtant pas pratique si on n’a pas demandé le sexe avant et on attendait la naissance. Je n’arrive pas à comprendre. Elle enveloppe mon bébé dans un drap et me le tend emmitouflé comme un sibérien – ce n’est même pas un peau à peau ! Ensuite elle se met derrière moi pour observer encore le bébé et elle restera collée derrière moi pendant une ou deux heures.

Ensuite j’essaie sans succès de mettre ma fille (ouiiiii c’est une fille !!!! mais je ne dirais pas merci pour la couche !) au sein. La pauvre est paumée. Tombée à la naissance, séparée de moi par une couche et des draps elle ne comprend plus qui je suis.

La puéricultrice : Madame, faites attention à la tête. Ne touchez pas là.

Elle ose me dire ça ???

Ce moment de peau à peau tant rêvé ((((( L’aide-soignante anonyme trouve que malgré le fait que ma fille porte une couche plus emmaillotage dans des draps elle est pas assez couverte – Vous avez la turbulette dans vos affaires, elle est ou la turbulette ?

  • Il me faut la turbulette !

J’ai envie de dire à cette personne qu’elle n’a pas pris le soin de se présenter, ni de me dire bonjour, elle m’a imposé la présence de ces étudiants ou stagiaires irrespectueuses – je ne le saura jamais. Elle ne m’a pas permis de vivre le peau à peau. Elle m’a violemment arraché mon enfant pour se rassurer de quelque chose. Jamais elle ne m’a rassurée. Jamais elle ne m’a adressé une parole gentille. Ses collègues et elle ont totalement gâché l’arrivée de ma fille ! Jamais elles ne se sont demandé comment j’ai vécu cet accouchement, jamais elles ne se sont excusées de quoi que ce soit. Ils n’ont bien évidemment rien mis dans mon dossier, ils ont juste fait un examen exprès et le soir même on m’a proposé une sortie précoce. Pourquoi appeler un pédiatre ? C’est mieux comme ça – en douce – et nier tous les faits par la suite. En fait sur la page de mon accouchement il y a seulement une phrase – « bon vécu ».

La sage-femme a changé de mode. Elle est devenue très énergique. Elle a d’abord procédé à l’arrachement du placenta. J’avais l’impression qu’elle me l’a arraché à vif, j’ai eu une douleur atroce et j’ai hurlé (surtout qu’on ne m’a pas prévenu de quoi que ce soit). Il y a un endroit où j’avais l’impression qu’on m’arrache un morceau de mon chair. Ensuite elle a appuyé à plusieurs reprises sur mon ventre alors que je l’ai attrapé par la main, elle me l’a repoussé et a continué de plus belle. C’était vraiment intolérable. Et ça juste après qu’on m’a posé ma fille sur moi. J’aurais aimé qu’elle me parle, qu’elle m’explique, qu’elle m’écoute… mais visiblement je n’avais pas ce privilège.

Elle m’a injecté du synto et constaté que je saigne un peu trop – franchement après une heure d’avoir lutter contre la poussée et le placenta ARRACHE DE FORCE j’avais l’impression que je me suis vidée de mes tripes. Je n’avais pas la force de bouger mon petit doigt.

J’avais aucun souci pour mes précédents accouchements et aucune hémorragie mais là, venue à 9h, accouché à 14h j’avais l’impression d’avoir vécu la deuxième guerre mondiale. J’ai vieillie de 5 ans, ça c’est sûr.

Bon je saigne trop donc elle m’appuie encore et encore sur le ventre alors que je proteste – j’ai été totalement dépossédée de mon corps, triste et souffrante. Elle m’ignore. Donc même après ce que j’ai vécu elle ne peut pas me laisser tranquille avec mon bebe ?

Tout de suite après qu’elle ait coupé le cordon, la sage-femme m’a reconduit dans le lit et je me suis assise sur mon propre bras (perfusé). C’est pour vous dire à quel point j’ai été déconnectée de moi-même. Une demi-heure plus tard je me suis aperçue que la perfusion a totalement déformée mon bras, le poignet a doublé. J’ai dû déplacer l’aiguille et le produit ne passait plus dans la veine. En plus ça a coupé la circulation, mon bras est devenu tout blanc et le brassard de tension donnait des résultats bizarres comme 60/30.

Je regarde ces chiffres et je ne comprends pas. Est-ce que c’est en lien avec moi ? Est -ce c’est normal ? Je libère mon bras, je montre ma poignée déformée a la sage-femme, elle rit :

  • Vous qui avez accouché sans péridurale vous n’allez pas vous plaindre maintenant ?

Après…

Me voilà. Il m’a fallu un an pour mettre tout sur papier. Je ne pouvais pas me lever un mois après l’accouchement. J’ai été vraiment une personne sans vie. J’avais l’impression d’être écrasée par un bulldozer et puis passée par une moissonneuse-batteuse. Pendant peut-être six mois je n’arrivais pas à me concentrer sur quoi que ce soit où penser à autre chose. Je n’arrive pas à assumer. Est-ce que ça m’est vraiment arrivé à moi ? Pourquoi moi ? J’éprouve une énorme culpabilité envers ma fille, j’ai fait des cauchemars assez longtemps où cette chute la rendait aveugle ou sourde…

Je ne comprends pas pourquoi j’ai été traitée ainsi.

Tout dans mon accouchement n’a pas le même poids. Ce qui m’a blessé par-dessus de tout c’est le déni total de tout problème de la part de l’hôpital et l’impossibilité d’un dialogue. Tout va bien chez nous ! La seule personne qui m’a laissé une impression de quelqu’un de gentil et doux… mais malheureusement ce n’est plus le souvenir que je garde d’elle. Le lendemain de mon accouchement elle est passée me voir et j’ai tenté de discuter avec elle. Peine perdue. Je lui dis :

  • Je pense tout le temps à ma fille tombée aux premiers instants de sa vie…

Elle me coupe la parole :

  • D’abord sa sortie était trop rapide.

Comment est ce que je dois comprendre cela ?

Donc oui, elle est bien tombée mais ce n’est en aucun cas de notre faute. C’est la faute de qui alors ? C’est à cause de moi alors ? Oui justement, moi, sa maman, je me sens très très coupable vis-à-vis d’elle et sa naissance cauchemardesque. Cette sage-femme non visiblement. Elle trouve que sa sortie était trop rapide à son gout. Trop rapide. Mais pourquoi moi je n’ai pas cette impression ? Peut-être parce que justement c’était tout sauf rapide ?! Combien de fois j’ai dû sonner, demander, supplier ?! Combien de fois j’ai entendu non, non, non ? Combien de fois elle m’a forcé dans la péri ? Combien de fois j’ai demandé de la présence, des conseils, j’ai dit que c’était trop long, j’ai été perdue, je ne savais pas que faire ?!

J’ai passé des heures sans pouvoir d’aller aux toilettes. Toute seule tout le temps avec mes réponses et ma peur.

Comment on peut appeler ça rapide ?!

Je n’ai trouvé rien de rapide dans mon accouchement. Je l’ai vécu comme un supplice interminable. Quand enfin ma fille était là j’ai dû attendre encore et encore de longues minutes pour l’avoir contre moi. En couche. Et tout ce qu’elle trouve à me dire c’est (je cite car ses paroles je ne les oubliera pas) :

  • Sa sortie a été trop rapide. Votre bébé a fait “plouf”.

Et elle se barre aussitôt. Donc elle qui a été témoin, qui a vu mes larmes, ma peur, mon état de choc, ma sidération, elle ne trouve rien d’autre à me dire après tout. C’est plus facile d’être dans le déni plutôt qu’accepter ses fautes. Plouf et on interdit à la future maman d’aller aux toilettes pendant des heures. Plouf et on lui refuse un TV qu’elle demande parce que ce n’est pas au gout de la sage-femme. Parce que de toute façon elle va faire quoi branchée de partout avec les contractions sous synto ?! Plouf et on lui impose la présence d’un groupe des personnes. Plouf et on coupe le cordon, enlève son bebe, elle pleure – alors on l’ignore. Plouf et on fait à son bébé ce qu’on juge nécessaire, on lui met la couche, tant pis pour connaitre son sexe. Plouf – on ne l’informe de rien, on ne met rien dans son dossier, on s’est rassuré sur l’état de son bébé. Donc c’est bon. Rassurer la maman, lui demander comment elle va, revenir sur ce qui s’est passé – c’est non, on va faire comme rien n’y était, on va appeler ça plouf. J’aimerais bien lui dire que les violences obstétricales ce n’est pas quelque chose qui se passe ailleurs mais en sa présence. Et apparemment pour elle ce n’est qu’un plouf.

Pour finir je voulais remercier toutes celles qui m’ont soutenu dans les commentaires et dans les messages privés durant cette année. Particulièrement le groupe SIVO, un gynécologue sur le groupe qui a répondu à toutes mes questions médicales, les doulas et les sages-femmes qui ont accueilli mon vécu et qui m’ont apporté beaucoup de réconfort. J’ai besoin qu’on me dise encore et encore que ce n’est pas normal ce qui m’est arrivé, c’est tout sauf un « bon vécu » et si les professionnels de santé refusent de l’admettre et font comme si de rien n’a été… c’est décevant, c’est lâche, c’est hypocrite.

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