Témoignage – clinique privée région PACA

Je vous écris concernant les notes dans mon dossier, qui indiquent « extraction par ventouse, pour efforts expulsifs inefficaces » :

Ces notes ne précisent pas qu’à 18 :00 j’avais commencé à pousser à genoux quand j’ai été interrompue ; que j’ai été soumise à un toucher vaginal douloureux; qu’on m’a ordonné de pousser en décubitus dorsal sans me demander mon avis et sans essayer de trouver le cœur du bébé dans une position de mon choix ; qu’on m’a ignorée et refusé de m’aider à me redresser ; que la poche des eaux a été rompue contre mon refus express à 18 :30 parce que la sage-femme pensait que « le bébé allait arriver » (cela n’a pas fonctionné) ; qu’une tentative a été faite pour insérer une sonde dans mon urètre sans m’en parler ; que j’ai été obligée de pousser dans une position inconfortable et sans efficacité ; qu’on m’a administré du syntocinon à mon insu à 19:50 ; qu’on n’a cessé de me crier de pousser plus fort, tout en demandant pourquoi je ne poussais pas ; qu’on m’a dit (deux fois) que j’avais oublié mes cours de préparation à l’accouchement. On m’a parlé du syntocinon à quatre contractions de l’application de la ventouse, quand sa concentration a augmenté (non-précisé dans les notes) au point de ralentir le cœur du bébé. Le dossier ne mentionne pas non plus qu’on m’a mis les jambes dans les étriers de force, et que pour la première fois en plus d’une heure, le Dr A s’est adressé à moi pour me demander où j’avais appris à « pousser » (ce qu’il a d’ailleurs plutôt fait à la cantonade). J’ai pu finalement répondre que mon intention était d’épargner mon dos et de ne pas bloquer ma respiration. On m’avait ordonné de « pousser à fond » durant les deux contractions suivantes, quand quelqu’un a déclaré qu’il « fallait faire quelque chose », le problème étant que la tête n’était pas l’axe (également non-précisé dans les notes). Nous ne saurons jamais si le syntocinon et la ventouse auraient été nécessaires si j’avais été aidée au lieu de « gérée ». Mais je n’ai pas reçu d’aide et, dans ces circonstances, la mauvaise gestion de la deuxième phase a certainement contribué à – voire a provoqué – la détresse du bébé et la violence de l’extraction ultérieure.

Vous  pourrez argumenter que : je suis ingrate ; que les femmes ont des attentes trop élevées ; qu’elles ne devraient pas lire tant de choses sur Internet ; que ces protocoles sont destinés à la sécurité du bébé ; qu’un accouchement, c’est cela et que la prochaine fois « vous verrez, vous n’aurez qu’à pousser dix minutes » ; que la ventouse est bien moins violente que les forceps ; que ma réaction est caractéristique de mon origine ; qu’il est plus facile de surveiller le périnée en position allongée ; qu’il n’y a que deux sages-femmes dans la structure qui soient favorables à  la position à quatre pattes ; que la lithotomie est plus efficace ; que je ne comprends pas les risques ; que la loi vous oblige à appliquer un monitoring fœtal à partir de trois centimètres de dilatation*… J’ai entendu ces arguments ad nauseam. Un bref survol de la littérature de vos collègues suffit à discréditer toutes ces assertions. Consultez n’importe quel blog ou page Facebook français sur l’accouchement respectueux de la mère et de l’enfant, et vous verrez que ma réaction n’a rien de culturel. En outre, l’une de vos propres sages-femmes m’a récemment dit que le manque de communication avec les parturientes est un problème récurrent dans votre clinique. Elle m’a encouragée à écrire cette lettre et m’a indiqué à qui l’adresser.

Les parturientes ont des droits

Je considère donc que j’avais le droit d’être dans une position confortable, et de recevoir des encouragements et des informations durant le travail. J’avais aussi le droit de boire et de bouger, au moins durant les premières phases. Vous pourrez m’opposer que j’avais le droit de choisir un autre lieu, et je l’aurais fait, eussiez-vous fait depuis le début preuve de transparence quant à vos protocoles. L’accouchement physiologique fait partie du discours contemporain sur la naissance. Dès le début de ma grossesse, j’ai demandé s’il y avait une différence la clinique et l’hôpital, et on m’a répondu que non. Pourtant, il m’est clairement apparu qu’il y en avait d’importantes concernant le rôle des sages-femmes, le soutien de l’accouchement physiologique et la facilité d’accès à la péridurale. J’ai pensé à demander si j’aurais le droit de boire, mais j’ignorais que l’envie de bouger, par exemple, causerait une telle agitation chez une sage-femme par ailleurs bienveillante encore que surmenée. Je ne savais pas que vous aviez pour politique d’autoriser les femmes à ne pousser que durant 30 mn. Et quand, après 7 heures de petites contractions durant la nuit, je suis arrivée à mon rendez-vous à 10 h du matin sans contractions, je ne m’attendais pas à être condamnée à intégrer la salle de travail parce que ma dilatation était de trois centimètres, alors que tout ce que je voulais c’était manger, dormir, aller aux toilettes et attendre l’augmentation des contractions dans le confort de mon propre foyer. Vous avez donné vos ordres sans en discuter avec moi, sans prendre en considération mes souhaits et mon confort, et en opposition totale avec ce que j’avais appris durant les cours prénataux. C’est vous qui nous avez adressés aux sages-femmes libérales, et vous devriez donc assumer la responsabilité des énormes malentendus qui pouvaient se produire – et se sont produits.

La salle de travail manque du confort le plus élémentaire et la présence des sages-femmes est insuffisante

À partir du moment où le Dr B. m’a ordonné de rester à la clinique, personne ne m’a demandé comment je me sentais ni si j’avais besoin de quelque chose. En 12 heures passées dans la salle de travail, je n’ai pas reçu le moindre mot d’encouragement ou de réconfort, et on ne m’a pratiquement donné aucune information. On m’a reproché de bouger, on m’a demandé pas moins de quatre fois si je n’avais pas trop mal. J’ai été expulsée de la salle nature à 5 cm de dilatation, pour tenir compte de la visite de la clinique. Difficile de ne pas relever l’ironie qu’il y a à expulser une femme de cette salle précisément pour en faire la promotion. Je venais juste de réussir à m’endormir entre deux contractions, contre mon compagnon. Arrivée dans la salle de travail classique, j’ai perdu à la fois ma mobilité et le contact avec mon compagnon. La sage-femme, de même que mon compagnon, ont commencé à s’agiter en raison d’une indication de souffrance fœtale. Il n’y avait pas d’oreiller, la climatisation ne fonctionnait pas, et il n’y avait même pas de rideau dans un coin pour me permettre de veiller à mon hygiène personnelle en toute dignité. Je sentais très mauvais et j’avais envie d’éponger ma sueur mais je ne pouvais pas. Un drap était déroulé sur le matelas en vinyle de la table d’accouchement, mais il n’arrêtait pas de glisser, me laissant sur le plastique. J’avais chaud, j’avais soif, j’étais épuisée et je me sentais totalement seule. Ce n’est pas que la sage-femme ait été désagréable ou négligente ; c’est juste qu’il semble y avoir une telle obsession institutionnelle quant à la péridurale qu’elle est présentée comme le seul moyen de soulagement.

Comportements déplacés

Dr B., à environ 7 ou 8 cm de dilatation, j’ai ouvert les yeux et je vous vu devant moi. Vous avez dit : « Ce n’est pas aussi facile maintenant, hein ? » Croyez-vous honnêtement que j’ai passé des mois à me préparer mentalement et physiquement pour que ce soit « facile » ? Personne, pas même un médecin, ne devrait adresser des remarques décourageantes et inutiles à une femme en travail. Durant la phase la plus intense de mon accouchement, j’ai dû me concentrer pour ignorer un environnement excessivement inconfortable et indifférent. Vous auriez pu dire par exemple : « Le cœur du bébé bat bien jusqu’ici, » ou « Comment vous sentez-vous ? » ou « Vous semblez bien tenir le coup, vous avez besoin de quelque chose ? » ou « Êtes-vous à l’aise ? »

Dr A, durant la deuxième phase, vous avez dit à deux reprises que j’avais oublié mes cours de préparation à l’accouchement. Mon compagnon, suivant votre exemple, a décidé que mes muscles abdominaux étaient trop faibles pour pousser le bébé, et a décidé de me le dire. Je suis restée allongée pendant la dernière demi-heure de l’accouchement à souhaiter votre disparition et à ignorer les cris qui me pressaient de pousser contre mon instinct. Pendant que vous recousiez les déchirures infligées par la ventouse, alors que ma tension était de 16 et que mon bébé attendait le pédiatre sous une lampe à chaleur dans une autre pièce, vous avez voulu savoir pourquoi j’avais refusé la péridurale. Vous m’avez même dit : « La prochaine fois, vous l’accepterez peut-être, » comme si ces évènements étaient de ma faute. Comme si j’aurais pu mettre au monde un bébé avec un APGAR 10 comme par magie, eussé-je suivi vos instructions et accepté de rester passivement sur le dos pendant des heures avant l’expulsion. J’ai changé de sujet pour vous demander si vous aviez des enfants, et si votre femme avait été bien traitée lors de ses accouchements.

Avant de parler en présence d’une parturiente, demandez-vous si ce que vous allez dire comporte un encouragement ou une information utile. Si non, pourquoi le diriez-vous ?

Pourquoi l’accouchement physiologique est-il considéré comme une méthode par défaut ?

Reconnaissez que les femmes choisissent l’accouchement physiologique pour une multitude de raisons, généralement rationnelles et bien informées. Elles ne sont peut-être pas capables d’expliquer ces raisons en détail, mais en tant professionnels, vous devriez les connaître. Il ne s’agit certainement pas de masochisme new-age ni de conceptions spirituelles intangibles, comme cela m’a été suggéré par une sage-femme. La personnalité, la normalisation de l’accouchement physiologique dans la famille d’origine, les antécédents de santé mentale et l’attitude par rapport à la douleur sont des facteurs bien plus importants. Ce sont même des points essentiels pour les victimes de violences sexuelles. Ma plus grande crainte était de devoir rester allongée sur le dos, les jambes dans les étriers, sans pouvoir obéir à mon corps durant l’expulsion. À partir de mon troisième mois de grossesse, la seule idée de cette situation me faisait monter les larmes aux yeux.

Après avoir discuté avec des femmes qui avaient accouché à l’hôpital et après le début des cours prénataux, je me suis dit que les livres prêtés par ma belle-sœur étaient dépassés. J’aurais pu faire plus d’efforts pour débattre avec quelqu’un de mon projet d’accouchement. Toutefois, le simple fait de suggérer que je préférais éviter la péridurale a suscité d’abondants avertissements quant à mon étroitesse d’esprit : 80 % des femmes reçoivent une péridurale, même quand elles ne le veulent pas, et je ne pouvais pas exiger un troisième stade physiologique (ce que je n’avais pas demandé). J’ai compris à environ 8 mois de grossesse, que mon projet d’accouchement ne serait pas approuvé. À ce moment-là, il était trop tard pour changer de clinique ; cela aurait été trop stressant et je ne pouvais faire part de mes craintes à mon compagnon. En outre, ce n’était pas un projet ambitieux : j’espérais seulement éviter la péridurale et expulser le bébé par moi-même. Malgré ma préparation, de gros efforts et un accouchement à faible risque, mes pires craintes se sont réalisées et des complications potentiellement mortelles en ont résulté. J’en ai gardé une terrible cicatrice émotionnelle et un sentiment de deuil et d’impuissance assez semblables à ceux d’un viol. Ces troubles ont duré plusieurs mois.

Personnellement, je ne regrette pas ma préparation très efficace à une naissance non-médicamentée, et j’ai trouvé la douleur tout à fait supportable. En revanche, je regrette amèrement de m’être laissé convaincre de suivre des soins obstétricaux contraires à mon instinct, et je regrette d’avoir fait confiance à votre clinique. Mon compagnon était présent tout au long de cette épreuve, mais il n’a pas pu entendre ce que je disais car le poids de l’autorité médicale et la peur profonde engendrée par la naissance l’ont rendu incapable de m’offrir de l’empathie. J’ai terriblement souffert pendant des mois et notre relation aussi. Mais c’est vous qui étiez censés prendre soin de moi. Les hommes impliqués émotionnellement sont mal équipés pour devenir des doulas du jour au lendemain. Mon compagnon était également déçu d’avoir choisi ce qu’il croyait être le meilleur service médical pour prendre soin de sa famille. Ce qui signifie que nous attendions des soins modernes et adaptés, pas un traumatisme émotionnel et un risque physique augmenté.

Honnêteté envers les futures parturientes quant à ce qui est autorisé ou non

Je ne pense pas que ces torts étaient volontaires ; on m’a même dit que vous avez fait de votre mieux. Je suis reconnaissante d’avoir évité une épisiotomie ; le bébé a été placé sur mon ventre pendant environ cinq minutes, toujours relié par le cordon ombilical ; les lumières étaient éteintes et le personnel silencieux jusqu’aux encouragements des dernières contractions. Ces choses m’ont aidée. Je sais que l’inquiétude était authentique concernant le bien-être du bébé. La sage-femme, Jeanne, n’était pas désagréable, mais elle était stressée, fatiguée et divisée entre deux autres femmes en travail. Je ne crois pas qu’elle avait besoin d’une patiente comme moi ce jour-là, mais ce n’est pas moi qui ai demandé à être admise aussi tôt ! Ensuite l’équipe a changé, ce qui a affecté la continuité des soins et rendu les choses plus difficiles pour le tout le monde. L’aide qu’on m’a apporté pour la tétée était excellente. Je ne remets pas en cause vos compétences médicales. Durant mon séjour, les vérifications des infirmières étaient fastidieuses. Je sais que vous travaillez beaucoup, que vous sauvez effectivement des vies, et que vous avez sans doute été témoins d’horribles tragédies au cours d’accouchements. Malheureusement, cela n’excuse pas votre comportement envers nous, parce que je n’étais pas malade. Vous nous avez fait du mal, et je pense que vous devez le savoir.

Vous devez être plus transparent, particulièrement quand une femme indique sa préférence pour l’accouchement physiologique. Votre désapprobation personnelle ne devrait pas interférer, car, si elle est en bonne santé, c’est à elle de décider. Par contre, il vous appartient d’énoncer clairement que la clinique n’a que des capacités limitées en ce qui concerne l’accouchement physiologique. L’équipement, les protocoles et l’attitude du personnel n’y sont pas propices. Vos points forts résident peut-être dans l’administration rapide d’une épidurale et des soins médicaux de qualité en cas de pathologie, mais ce n’était pas ce dont j’avais besoin. Prendre le groupe des futures parturientes de haut, durant la visite de la clinique, en demandant si quelqu’un a l’intention de refuser la péridurale, n’est pas une preuve de transparence. Cela donne plutôt l’impression d’être sermonné par un professeur qui vous demande de reprendre vos esprits. Cela véhicule le message « Si vous voulez un accouchement physiologique, c’est que quelque chose ne va pas chez vous ». Mais les femmes savent que ce n’est pas vrai. Ensuite c’est un message confus, parce que dans la salle nature, vous soulignez qu’il y a des barres sur la table d’accouchement et que les étriers ne sont pas obligatoires. Vous pourriez dire : « Notre capacité d’accompagnement de l’accouchement physiologique est très limitée, parce que nous avons un système hautement médicalisé. » Voilà qui serait clair, honnête et respectueux.

Après la naissance

Quand je suis finalement retournée dans ma chambre, cette nuit-là, après que mon bébé ait été emporté à la nurserie, c’était avec la conviction que je pourrais retourner le voir une fois que je me serais douchée et nourrie. Quand l’eau de la douche s’est mise couler froide, et vous savez que c’est le cas, surtout la nuit, j’étais littéralement trop effrayée pour appeler quelqu’un et demander pourquoi. Cela peut sembler ridicule, mais le morceau de carton où la sage-femme avait écrit le numéro de nuit avait glissé derrière la table de chevet et je n’arrivais pas à le trouver. J’ai été morigénée une fois de plus par la sage-femme pour avoir utilisé les toilettes, parce qu’elle pensait que j’y étais allée seule. Ce n’était pas le cas mais je n’ai pas eu la présence d’esprit de le lui dire. De toute façon, elle préférait pousser les hauts cris sur ma tension élevée que de me demander comment je me sentais. J’avais peur, si j’appelais le mauvais numéro, d’être de nouveau punie pour mes exigences intempestives. Quand mon compagnon est revenu avec des sacs et un lit, il a pensé que nous allions dormir un peu. Lui l’a fait, mais je n’ai pas pu. Je suis restée allongée plusieurs heures, taraudée par l’envie de prendre une douche, par l’impossibilité de le faire à l’eau froide, par la peur d’appeler un faux numéro et par le découragement à l’idée de me montrer avec toute cette sueur et ce sang sur moi. La torture a donc continué alors qu’elle aurait dû être terminée.

Cette dernière partie n’est peut-être la faute de personne, mais cela démontre l’effet des attitudes que j’ai dû affronter ce jour-là. Mon confort et mes besoins ont été les derniers à être pris en considération après ceux du bébé, de la sage-femme, des médecins et de mon compagnon. Enfin, autour de minuit, alors que je venais de finir mon repas en me demandant pourquoi l’eau était froide, on a donné à mon bébé du lait artificiel. Je ne l’ai appris qu’en lisant les notes. Il n’avait pas tété dans la salle d’accouchement, et on m’avait assurée que s’il le voulait, on me l’apporterait. Étant donné ce qu’on sait sur l’ensemencement de la flore intestinale, les allergies occasionnelles aux laits artificiels et le rapport entre allaitement et lien affectif, c’est plus qu’impoli. Donner du lait maternisé à un bébé de trois heures sans la permission de sa mère, alors que celle-ci est éveillée dans une chambre à proximité, est inexcusable.

Conclusion

Pour une femme sensible, les pratiques et les attitudes que j’ai décrites représentent de cruels anachronismes. Votre clinique est une maternité inconfortable, même selon les meilleurs critères, et aucune femme ne devrait avoir à supporter les commentaires que j’ai endurés pendant et après l’accouchement. On devrait informer les femmes à tous les stades de l’accouchement. On ne devrait pas leur donner du syntocinon sans le leur demander et en l’absence d’une véritable urgence médicale. Si vous ne voulez pas de parturientes comme moi, veillez à être tout à fait transparents sur votre politique avec vos futures clientes. Permettez aux femmes de prendre des décisions conscientes sur leurs soins à chaque étape. L’arrivée d’une femme en bonne santé et bien préparée à un accouchement physiologique dans l’environnement offert par clinique ne peut que déboucher sur une lutte de pouvoir dans la salle d’accouchement, une femme traumatisée émotionnellement et une équipe stressée. Ce n’est juste pour personne, et c’est exactement le genre de déshumanisation irrationnelle et misogyne qui conduit certaines femmes à accoucher chez elles.

En résumé, plutôt que d’indiquer simplement « efforts expulsifs inefficaces », mon dossier devrait stipuler : « Non-assistance à parturiente affamée, assoiffée, en sueur, intimidée et mal à l’aise ; deuxième stade retardé par manque de communication et posture inconfortable, inefficace et humiliante ; délivrance par ventouse d’un bébé stressé en raison de l’administration de syntocynon ». Je me souviendrai toujours du jour où mon fils est né et où j’ai goûté pour la première fois à l’accouchement. C’est un triste jour, car j’ai été déshumanisée, on nous a séparés sans nécessité pendant 7 heures et notre relation a souffert d’une terrible tension. Il n’y avait pas de joie, seulement du choc, de la colère et de la honte. J’ai pensé que je devais vous le dire.

Cordialement,

Une parturiente qui regrette

* Voir les notes du samedi 26/10, dans lesquelles elle « m’explique pourquoi le travail a été « surmédicalisé » », un terme que je n’ai jamais employé. Elle m’a dit qu’Jeanne était surchargée de travail et que c’était sans doute pour cela qu’elle avait été sèche avec moi quand je bougeais « trop ». Elle m’a aussi déclaré que le monitoring fœtal constant est requis par la loi à partir de trois centimètres de dilatation et que les règles sont les mêmes dans tous les hôpitaux de France, ce qui est faux. Elle m’a dit également que deux sages-femmes seulement encouragent l’expulsion à quatre pattes, et que je ne devrais pas me plaindre car il n’y avait pas eu d’intervention jusqu’à la fin. Puis elle a commencé à se plaindre de moi dans le couloir, assez fort pour que je l’entende, devant une aide qui changeait les draps et nettoyait par terre. Quand cette personne est entrée dans ma chambre après-coup et que j’ai fait une remarque sur la sévérité des règles, elle m’a également fait la leçon sur l’importance d’être à jeun durant l’accouchement. On devrait peut-être conseiller au personnel de nettoyage de suivre des études de médecine avant d’aborder ce genre de sujets avec les patientes.

Birth trauma awareness week (7 au 13 Septembre) – Témoignage de sage-femme

Le mois de septembre a été l’occasion dans les pays anglophones d’avoir une semaine de sensibilisation à l’accouchement traumatique, sensibilisation qui ne connait pas encore d’équivalent en France.

De façon assez ironique le rapport des 1000 jours a été rendu durant cette semaine et ne fait aucune mention du stress post-traumatique consécutif à l’accouchement qui concerne pourtant une proportion importante de femmes en France, à l’égal de nos pays voisins.

A cette occasion, nous avions relayé le témoignage d’une étudiante sage-femme en dernière année. Elle a soutenu un mémoire de M2 sur ce sujet et délivre son cheminement autour de ce sujet, donnant aussi un éclairage sur les freins rencontrés dans ce parcours.

Bonjour à touses,
Je m’appelle Manon et je suis jeune sage-femme diplômée.J’ai réalisé mon mémoire de fin d’études sur l’accouchement traumatique et comment les sages-femmes peuvent accompagner en post-partum les femmes ayant vécu un accouchement traumatique.
Le thème de cette semaine étant sur ce sujet, je décide de me lancer….

Je souhaite vous raconter comment m’est venue l’idée de traiter ce sujet. Tout d’abord, par une connaissance. Cette personne avec qui j’étais en contact régulièrement s’est confiée en me racontant son accouchement de 2016. Un accouchement dont elle en garde un traumatisme, car des gestes obstétricaux ont eu lieu sans son consentement et sans lui donner aucune information par la suite. Elle n’a jamais pu en discuter durant son post-partum et a décidé récemment de consulter pour en parler. Le chemin va être long….. à l’époque j’étais en milieu de 3e année de sage-femme. Ensuite je suis partie en mission humanitaire en Ethiopie avec mon conjoint, dans la maternité d’Addis Abeba, la capitale. Cette mission a été plus qu’enrichissante et m’a beaucoup apporté d’un point de vue professionnel mais aussi personnel; et surtout m’a confortée dans mon choix d’être sage-femme……. Malgré le manque de matériel et la barrière linguistique, j’ai pu apporter un accompagnement aux femmes (les conjoints n’étant pas admis en salle de naissance), les aider face à la douleur, les soutenir, respecter leurs souhaits et leurs choix, faire face à des situations urgentes ou compliquées tout en plaçant la femme au coeur de la prise en charge. Durant un mois, on s’est démenés pour essayer de faire comprendre à l’équipe médicale que c’était de l’irrespect, du viol, et des violences obstetricales certaines de leurs prises en charge. Le chemin est long et difficile, mais nous avons réussi à faire prendre conscience à déjà deux medecins et nous étions très heureux….

Ces différentes expériences, retours de patientes et ces différents couples accompagnés, m’ont amenée vers ce choix de sujet de mémoire. Un sujet que j’ai travaillé sur mes deux dernières années d’études, où j’ai eu la chance de rencontrer et d’échanger avec des personnes ressources m’ayant beaucoup aidée, qui m’ont beaucoup apportée et soutenue. Je leur en serai toujours reconnaissante, merci encore. Après ce long travail, vient la soutenance à l’école où mon sujet a été très mal reçu et non compris par le jury qui apparemment ne juge pas utile de traiter ce sujet…. un choc pour moi. Pour ce long parcours que nous menons ensemble pour essayer de faire changer les choses. Mais je ne baisserai pas les bras! Nous commençons à parler de ce sujet, et nous allons mener un combat pour sa reconnaissance et pour que chaque professionnel de santé puisse proposer l’accompagnement optimal à chaque femme, chaque couple.

Aujourd’hui, une femme sur trois vit son accouchement de manière traumatique, les choses doivent changer!! J’ai choisi le métier de sage-femme pour pouvoir proposer un accompagnement personnalisé à la femme et au couple tout en respectant leurs choix et leurs souhaits et je me battrai pour continuer à travailler de cette manière. Vous nous accordez votre confiance, vous nous offrez une telle reconnaissance qui est le plus beau cadeau que nous pouvons recevoir, nous devons vous accompagner à n’importe quel moment.
Manon

Témoignage 2/2 : Olga, 36 ans, maternité de N… – IDF

Pour finir je voudrais décrire ici le rendez-vous avec le chef de service que j’ai demandé dans l’espoir de me réconcilier avec son équipe. Là j’ai vraiment senti que l’hôpital est grand, moi toute petite.

Il a d’abord parlé de mes origines étrangères et de mon accent dans le sens où ça complique toute communication avec moi. Ensuite il a évoqué les bonnes notes de la sage-femme, apparemment elle a été toujours première dans ses cours, n’avait jamais de rattrapages. Je ne vois vraiment pas le lien avec ce dont je viens de témoigner.

Pour lui elle n’a fait aucune erreur lors de mon accouchement. Et son incapacité de réceptionner le bébé alors ?! Non plus, mon bébé n’est pas tombé mais « descendu au sol, ça arrive ».

Quant au stress suivi c’est que j’ai rien compris, il y avait peut-être nécessité d’une réanimation ou autre. Non mais il a le dossier devant lui où c’est écrit noir sur blanc que le bébé avait APGAR 10 à la naissance et il me dit ça.

Il m’a bien fait comprendre qu’il n’y rien dans mon dossier médical de ce que je raconte et donc pas de problèmes. Pour finir il me demande : « Avez-vous une contraception ? Voulez vous que je vous prescris une contraception ? »

Témoignage 1/2 : Olga, 36 ans – Maternité de N… – IDF

J’ai accouché il y a un an déjà et il ne s’est pas passé un seul jour depuis sans que je ne revienne à ce qui s’est passé avec ma fille et moi le jour de sa naissance. J’en garde un énorme traumatisme et une grande culpabilité devant mon bébé parce que je ne lui ai pas offert une belle naissance, loin de là.

Il m’a fallu un an pour trouver le courage de publier mon vécu, tellement c’est douloureux. C’est douloureux et je n’arrive pas à assumer que ça m’est arrivé à ma fille et moi. Et je ne sais pas que faire avec. Alors je vous demande votre compréhension et votre soutien.

Le contexte est le suivant : c’était mon quatrième accouchement. Et c’était un déclenchement. Je me suis réinscrite dans une maternité qui prône la physiologie en banlieue parisienne où j’ai accouché de mon troisième enfant en 2013. Tout s’est bien passé et en plus j’ai vraiment apprécié la possibilité de pouvoir sortir le jour même, ce qui n’est pas possible partout. Absolument confiante et reconnaissante je me suis donc réinscrite là-bas.

Je n’avais pas de projet de naissance comme pour mes accouchements précédents d’ailleurs, car je n’avais pas d’attentes spéciales – sans péri si je peux, avec un peau à peau après la naissance c’est chouette…

le travail

J’ai été accueillie par une très jeune sage-femme, froide et pressée dès le début. Elle ne voulait pas échanger un mot de plus que nécessaire avec moi et ne pouvait pas passer avec moi une minute en plus. Mon mari m’a déposée et il est ensuite reparti préparer le déjeuner pour nos trois enfants à la maison, j’ai été donc toute seule tout le temps. Ensuite j’ai vraiment vraiment regretté d’avoir le laissé partir. Dès que je rentre elle me dit (avec un sourire mais pas vraiment chaleureux) :

  • Je vous donne cette blouse et vous êtes obligée de la porter. Il faut la mettre impérativement. Vous n’avez pas le choix. (Elle évoque la raison de mon déclenchement) C’est grave ce que vous avez et nous on ne rigole pas ici hein. Donc pour vous c’est le monitoring en continu. Non pas droit d’aller aux toilettes, je vous donne un bassin. J’imagine que vous êtes contre tout ce qui est chimique… ? Alors je vous propose tenter la rupture de la poche des eaux.
  • Euh… contre je ne sais pas (- et d’où elle tire ça ??? pour ma part je la vois pour la première fois de ma vie, mais c’est vrai que j’avais beaucoup d’appréhension devant un déclenchement. Mais finalement j’ai accepté et je suis là. Doit-elle rajouter encore des jugements sur moi??? ). Je lui dis : Je suis quand même venue ici pour un déclenchement. Si c’est votre question j’accepte la rupture de la poche des eaux…
  • Bon bah je n’ai pas réussi. Tant pis. C’est donc la perfusion de synto pour vous. Là vous n’avez pas le choix. Je vous propose de prendre la péri avant le début de la perfusion.

Imaginez donc l’ambiance. J’essaie d’être gentille, je cherche un minimum de contact humain. Je lui demande combien de temps dure sa journée de travail (on est environ 10h, elle est peut-être vers la fin de sa garde ? parce qu’elle a l’air d’être très fatiguée de devoir me parler)

  • La durée de travail est différente pour toutes les femmes. Ça je ne peux pas vous dire.

??? En fait elle m’écoute à peine – pas de dialogue possible.

Pour la péri j’ai dit – on verra et elle vient toutes les heures pour un TV. J’ai l’impression que je suis la seule à accoucher ce matin mais la sage-femme ne peut pas rester une petite seconde de plus avec moi. Je me suis même demandée s’il n’y avait pas de quelque chose de personnel mais non. Mais j’avais vraiment l’impression qu’elle a du mal à me tolérer.

Une heure après elle m’enlève la perfusion. Grand soulagement pour moi – même si ça ne change rien – je reste seule dans cette chambre branchée de partout. Les contractions s’intensifient, en plus j’ai envie de faire pipi (impossible d’utiliser le bassin et pas droit d’aller aux toilettes). Certaines contractions sont déjà vraiment atroces et c’est que le début. Je suis seule et je désespère. J’ai maaaaaal mais c’est surtout la communication avec cette sage-femme qui me déstabilise.

Et là d’un coup bebe descend, énorme pression sur mon col et derrière, et j’ai envie de pousser. Quel soulagement ! Très contente je sonne. La sage-femme m’examine sans rien exprimer.

  • Vous êtes à 5 cm, Madame.

(Pour info j’étais à 4 cm quand je suis venue, on m’a enlevé la perfusion quand « le col a bien évolué », j’ai eu 2 ou 3 h de contractions rapprochées et intenses…. Je ne comprends pas !)

  • C’est peut-être le moment pour prendre la péri, Madame.
  • Oh non maintenant que ça pousse je ne vais pas céder. Je sais que je suis sur la fin.
  • Je vous répète que vous êtes seulement a 5 cm. J’appelle l’anesthésiste ?
  • Mais non… Qu’est-ce que je fais alors avec cette envie de pousser ?
  • Ça je ne sais pas. Vous ne voulez pas la péri… Je vais vous apporter un ballon !

Ballon apporté elle claque la porte aussitôt. J’essaie le ballon… Impossible ! Quand vous avez envie de pousser vous êtes bien sur quelque chose de stable. Lutter contre son envie de pousser sur ce ballon était impossible pour moi, j’ai failli perdre l’équilibre et tomber. Du coup je laisse ce ballon inutile.

Dans quelques minutes je vois que je saigne ce qui m’est arrivé uniquement à la dilatation complète lors de mes trois précédents accouchements – non mais vraiment ça serait dommage de céder juste à la fin, surtout quand ça pousse. Je commence à douter la fiabilité de son examen… Je sais que je ne suis pas à 5 cm !!!

Mon utérus commence à gonfler et puis appuie sur les fesses du bébé pour l’envoyer en bas !!!! Je ne suis vraiment pas loin !!!

Je sonne et je demande de me réexaminer. Impossible.

  • Calmez-vous, Madame, vous n’êtes qu’a 5 cm.
  • C’était déjà il y a 20 minutes et c’est quand même mon quatrième bébé, j’ai envie de pousser moi !
  • Mais vous n’êtes qu’à 5 cm. Vous voulez la péri ?
  • Je vous demande de me réexaminer.
  • Vous réexaminer alors que la poche des eaux s’est rompue ? Ça risque d’infecter votre bébé… donc non.
  • Mon bébé ne demande qu’à sortir.
  • Mais noooon, vous êtes à 5 cm, je vous ai dit déjà.
  • Arrêtez de dire que je suis à 5 (je pleure).

Je suis complètement perdue. Qu’est ce qui se passe alors ? Et je n’ai plus du tout de contractions depuis. Juste cette déchirante envie de pousser. Que va se t’il passer ? J’aurais peut-être une césarienne ?

  • Je vois que vous n’êtes pas bien. Vous êtes sûre que vous voulez pas la péri… ?

Elle ne parle pas méchamment mais d’un coup je ressens une énorme peur, une vague de terreur – je comprends que je peux mourir et elle va juste dire – oh il faut appeler l’anesthésiste. Et elle ne va rien faire pour moi. Je commence à songer à toutes les femmes dont les accouchements ont viré aux catastrophes dans cette même salle. J’ai du mal à respirer, je suis désemparée. Vraiment. Je veux que tout s’arrête à tout prix, j’en peux plus. Je meurs.

Si seulement vous pouviez vous mettre à ma place et imaginer de devoir accoucher avec un immense sentiment d’insécurité. Et de solitude. Et d’impuissance.

La sage-femme attend ma réponse pour la péri, larme aux yeux je dis que j’en peux vraiment plus, je vais peut-être la prendre. Elle ne dit rien. Depuis un bon moment j’ai l’impression que je suis dans un sauna et il fait 80C. Je suis toute rouge, je transpire. Je demande à boire – c’est oui – et d’aller enfin au WC – c’est oui cette fois ci (c’était non pendant les 4 heures avant). Cela me redonne les forces ! Au WC j’essaie de m’examiner moi-même alors pour la première fois de ma vie – vous pouvez imaginer mon désespoir ! Je n’y comprends rien évidemment. J’ai trouvé juste la tête de mon bébé. J’ai caressé cette tête. Du coup je me suis dit – tu n’es pas seule, tu as ton bébé. J’essaie de m’encourager autant que possible.

Je sors de WC, je dis non à la péridurale, je répète que j’ai aucune contraction depuis un bon moment déjà et que j’ai envie de pousser. Je la supplie de m’examiner. Elle m’informe qu’elle va m’examiner à 14h. Pas avant. Encore 1/2 h d’attente ? Je rêve ?

J’ai chaud, j’ai peur, ça pousse – c’est une torture ! J’ai beau pleurer – elle est déjà sortie !

Je souffre énormément. Je regrette amèrement d’être venue, d’avoir accepté ce déclenchement merdique. Mais quel accueil ! Tant bien que mal je passe une longue 1/2h à lutter contre mon propre corps – je ne sais pas pourquoi d’ailleurs.

Ce réflexe d’éjection s’espace mais devient assez méchant et violent. Mon utérus a l’air de me dire – si tu ne m’aides pas, je vais te faire une descente d’organes, aides moi – le bébé doit sortir au plus vite !

Alors je sonne encore 2 ou 3 fois juste pour entendre non-non-non à tout ce que je demande.

Maintenant je regrette que je n’aie pas menacé de partir et d’accoucher sur le parking. La sage-femme de toute façon ne pouvait rien faire pour moi.

Enfin il est 14h, elle ne vient pas, j’écrase la sonnette avec la force qui me reste parce que là je ne peux vraiment plus. C’est tellement horrible. C’est physique mais c’est aussi la peur, le fait qu’on m’ignore, cet état d’insécurité qui grandit de plus en plus. Tout cela, ça m’a dépassée.

Une autre sage-femme répond à mon appel, elle propose un TV (très doux) et me confirme que je suis à la dilatation complète (je répète donc que je n’ai eu aucune autre contraction douloureuse depuis une heure. Mon explication c’est que mon état a faussé le premier examen, j’ai été tellement crispée. Ou alors elle n’est pas douée. Un quart d’heure avant cela elle m’a presque forcé dans la péri)

Les poussées

Soudainement la salle se remplit du monde. Après avoir passé tout mon accouchement SEULE je devrais accoucher devant un groupe d’étudiants ou stagiaires. Aucun étudiant ne s’est présenté. Ni bonjour, ni présentation, ni rien. Aucune demande si je suis d’accord. Zéro.

L’aide-soignante ou puéricultrice me regarde d’un air critique et parle à la sage-femme comme si je n’étais pas là – elle fait quoi par terre ? Je maintiens – ni bonjour, ni présentation. Je ne connais pas son prénom et je ne le saurais probablement jamais alors que c’est mon accouchement quand même.

Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai été au sol. Dans ma mémoire, après l’examen je me suis levée du lit mais j’ai été tellement exténuée que je ne tenais plus sur mes jambes du coup je me suis mise à genou devant tout ce monde. La deuxième sage-femme m’a demandé où je souhaite accoucher. Je n’avais pas de souhaits particuliers mais la présence de tous ces étudiants m’a déstabilisée. Trois personnes, trois inconnus – je n’ai pas compris pourquoi ils devaient être présents à mon accouchement et pourquoi ils parlaient comme si je n’étais pas là.

  • Elle fait quoi par terre ?
  • Apriori elle n’a pas pris la péri, elle veut accoucher comme ça.
  • Ah d’accord.

Après avoir passé tout mon accouchement seule ou avec une sage-femme distante j’ai trouvé que c’est encore pire quand tu es entourée des étudiants bruyants et intrusifs. Du coup je me suis posée (cachée) de l’autre cote du lit comme ça je ne les voyais pas. J’ai été agenouillée au sol et séparée d’eux par le lit. La première sage-femme rentre dans la salle et s’assied derrière moi.

J’essaie tant bien que mal de me calmer, de reprendre ma respiration, de retrouver ma bulle, cette sensation d’être en lien avec son bébé. Les étudiants parlent entre eux. Je n’y arrive pas.

Finalement je sens l’arrivée d’une énorme contraction (mon utérus a l’air de me dire – enfin !!! enfin !!! je donne TOUT il faut que le bébé sorte le plus rapidement possible). Cette énorme contraction je la vis en silence parce que je n’ai plus de voix, de toute façon on ne m’entend pas ici.

Le bébé descend beaucoup d’un coup et la deuxième sage-femme réajuste le monitoring. Je ne supporte pas ce monitoring qui me serre le ventre beaucoup trop, ces étudiants bruyants. La sage-femme dit : Oh ! Vous avez des hémorroïdes !

Dans ce brouhaha je me demande si c’est vraiment moi qui le vis ou quelqu’un d’autre. J’ai l’impression d’être témoin à mon accouchement ou je ne peux rien contrôler, rien changer, rien demander. Je parle mais on ne m’entend pas.

La naissance

Là encore une contraction et mon bébé sort complètement. Je me retourne pour qu’on me le donne et je le vois tout rose, tout propre, tout petit sur le sol dur de l’hôpital ! Je fonds littéralement en larmes parce que j’ai tant rêvé de cette rencontre et ce n’est pas du tout ça ! Je pleure tellement. Je pleure et je ne peux même pas décrire mon malheur. C’est juste indescriptible.

C’est mon bébé là qui dans son premier instant de sa vie s’est tapée la tête sur le sol de l’hôpital ?! Un énorme sentiment de culpabilité et de regrets m’envahit – mais quel accueil, c’est vraiment inhumain !!! Je pleure énormément – je n’ai pas choisi le bon hôpital, je n’ai pas su lui offrir une belle naissance. J’ai erré quelque part, je ne sais pas où, mais je regrette beaucoup ! Mais que fait donc la première sage-femme – je vois son dos, en fait je la croyais avec moi mais non !!! Même à ce moment elle ne l’était pas !!! En fait elle a fait quoi pour moi ce jour-là ??? En fait elle s’est assise trop loin derrière moi et alors que je la croyais derrière moi pour réceptionner le bebe elle ne faisait pas vraiment attention à ce que je faisais !!!

Non mais c’est vraiment horrible – je n’ai pas su, je n’ai pas réussi, j’ai fait tomber mon pauvre bébé, c’est horrible ! J’ai tellement tenu, j’ai ressemblé tout mon courage et en fait après l’accouchement c’est encore pire.

Cette image d’un nouveau-né tout nu, tout fragile, tout seul par terre restera gravé à jamais dans ma mémoire.

Je tends les bras vers mon bébé mais la puéricultrice sans prénom avec un air très grave et inquiète accourt avec les ciseaux. La sage-femme est affolée, elle repousse mes bras, coupe le cordon et la puéricultrice amène mon bebe sur la table de réa. Je ressens une telle peur pour mon pauvre bébé que je ne peux pas vraiment respirer. Silence totale. J’essaie de voir ce que fait cette puéricultrice à mon bébé – elle ne fait rien, elle le regarde, elle regarde dans ses yeux, elle vérifie ses réflexes. Personne ne parle, moi je pleure toujours. On ne me parle pas. Je ne vois pas très bien derrières les dos des 5 personnes présentes qui s’en foutent totalement de moi mais j’ai l’impression que le bébé va plutôt bien MALGRE cette naissance. L’ambiance se détend peu à peu.

La première sage-femme me félicite visiblement soulagée que le bebe aille bien. Sa voix tremble – Madame a réussi à accoucher sans péridurale. Mais dès le départ je savais qu’elle était très courageuse !

En fait je suis là mais elle me parle comme si j’étais absente.

Je suis choquée et je ne peux pas vraiment réaliser que j’ai accouché sans mon bébé dans mes bras. Mais on m’a privé de ce moment de peau à peau. On m’a privé des explications aussi. La puéricultrice anonyme prend son temps pour mettre une couche à mon bébé (!!!) pour me le donner éventuellement ENFIN. Moi je n’ai rien demandé mais elle a décidé ainsi pourtant pas pratique si on n’a pas demandé le sexe avant et on attendait la naissance. Je n’arrive pas à comprendre. Elle enveloppe mon bébé dans un drap et me le tend emmitouflé comme un sibérien – ce n’est même pas un peau à peau ! Ensuite elle se met derrière moi pour observer encore le bébé et elle restera collée derrière moi pendant une ou deux heures.

Ensuite j’essaie sans succès de mettre ma fille (ouiiiii c’est une fille !!!! mais je ne dirais pas merci pour la couche !) au sein. La pauvre est paumée. Tombée à la naissance, séparée de moi par une couche et des draps elle ne comprend plus qui je suis.

La puéricultrice : Madame, faites attention à la tête. Ne touchez pas là.

Elle ose me dire ça ???

Ce moment de peau à peau tant rêvé ((((( L’aide-soignante anonyme trouve que malgré le fait que ma fille porte une couche plus emmaillotage dans des draps elle est pas assez couverte – Vous avez la turbulette dans vos affaires, elle est ou la turbulette ?

  • Il me faut la turbulette !

J’ai envie de dire à cette personne qu’elle n’a pas pris le soin de se présenter, ni de me dire bonjour, elle m’a imposé la présence de ces étudiants ou stagiaires irrespectueuses – je ne le saura jamais. Elle ne m’a pas permis de vivre le peau à peau. Elle m’a violemment arraché mon enfant pour se rassurer de quelque chose. Jamais elle ne m’a rassurée. Jamais elle ne m’a adressé une parole gentille. Ses collègues et elle ont totalement gâché l’arrivée de ma fille ! Jamais elles ne se sont demandé comment j’ai vécu cet accouchement, jamais elles ne se sont excusées de quoi que ce soit. Ils n’ont bien évidemment rien mis dans mon dossier, ils ont juste fait un examen exprès et le soir même on m’a proposé une sortie précoce. Pourquoi appeler un pédiatre ? C’est mieux comme ça – en douce – et nier tous les faits par la suite. En fait sur la page de mon accouchement il y a seulement une phrase – « bon vécu ».

La sage-femme a changé de mode. Elle est devenue très énergique. Elle a d’abord procédé à l’arrachement du placenta. J’avais l’impression qu’elle me l’a arraché à vif, j’ai eu une douleur atroce et j’ai hurlé (surtout qu’on ne m’a pas prévenu de quoi que ce soit). Il y a un endroit où j’avais l’impression qu’on m’arrache un morceau de mon chair. Ensuite elle a appuyé à plusieurs reprises sur mon ventre alors que je l’ai attrapé par la main, elle me l’a repoussé et a continué de plus belle. C’était vraiment intolérable. Et ça juste après qu’on m’a posé ma fille sur moi. J’aurais aimé qu’elle me parle, qu’elle m’explique, qu’elle m’écoute… mais visiblement je n’avais pas ce privilège.

Elle m’a injecté du synto et constaté que je saigne un peu trop – franchement après une heure d’avoir lutter contre la poussée et le placenta ARRACHE DE FORCE j’avais l’impression que je me suis vidée de mes tripes. Je n’avais pas la force de bouger mon petit doigt.

J’avais aucun souci pour mes précédents accouchements et aucune hémorragie mais là, venue à 9h, accouché à 14h j’avais l’impression d’avoir vécu la deuxième guerre mondiale. J’ai vieillie de 5 ans, ça c’est sûr.

Bon je saigne trop donc elle m’appuie encore et encore sur le ventre alors que je proteste – j’ai été totalement dépossédée de mon corps, triste et souffrante. Elle m’ignore. Donc même après ce que j’ai vécu elle ne peut pas me laisser tranquille avec mon bebe ?

Tout de suite après qu’elle ait coupé le cordon, la sage-femme m’a reconduit dans le lit et je me suis assise sur mon propre bras (perfusé). C’est pour vous dire à quel point j’ai été déconnectée de moi-même. Une demi-heure plus tard je me suis aperçue que la perfusion a totalement déformée mon bras, le poignet a doublé. J’ai dû déplacer l’aiguille et le produit ne passait plus dans la veine. En plus ça a coupé la circulation, mon bras est devenu tout blanc et le brassard de tension donnait des résultats bizarres comme 60/30.

Je regarde ces chiffres et je ne comprends pas. Est-ce que c’est en lien avec moi ? Est -ce c’est normal ? Je libère mon bras, je montre ma poignée déformée a la sage-femme, elle rit :

  • Vous qui avez accouché sans péridurale vous n’allez pas vous plaindre maintenant ?

Après…

Me voilà. Il m’a fallu un an pour mettre tout sur papier. Je ne pouvais pas me lever un mois après l’accouchement. J’ai été vraiment une personne sans vie. J’avais l’impression d’être écrasée par un bulldozer et puis passée par une moissonneuse-batteuse. Pendant peut-être six mois je n’arrivais pas à me concentrer sur quoi que ce soit où penser à autre chose. Je n’arrive pas à assumer. Est-ce que ça m’est vraiment arrivé à moi ? Pourquoi moi ? J’éprouve une énorme culpabilité envers ma fille, j’ai fait des cauchemars assez longtemps où cette chute la rendait aveugle ou sourde…

Je ne comprends pas pourquoi j’ai été traitée ainsi.

Tout dans mon accouchement n’a pas le même poids. Ce qui m’a blessé par-dessus de tout c’est le déni total de tout problème de la part de l’hôpital et l’impossibilité d’un dialogue. Tout va bien chez nous ! La seule personne qui m’a laissé une impression de quelqu’un de gentil et doux… mais malheureusement ce n’est plus le souvenir que je garde d’elle. Le lendemain de mon accouchement elle est passée me voir et j’ai tenté de discuter avec elle. Peine perdue. Je lui dis :

  • Je pense tout le temps à ma fille tombée aux premiers instants de sa vie…

Elle me coupe la parole :

  • D’abord sa sortie était trop rapide.

Comment est ce que je dois comprendre cela ?

Donc oui, elle est bien tombée mais ce n’est en aucun cas de notre faute. C’est la faute de qui alors ? C’est à cause de moi alors ? Oui justement, moi, sa maman, je me sens très très coupable vis-à-vis d’elle et sa naissance cauchemardesque. Cette sage-femme non visiblement. Elle trouve que sa sortie était trop rapide à son gout. Trop rapide. Mais pourquoi moi je n’ai pas cette impression ? Peut-être parce que justement c’était tout sauf rapide ?! Combien de fois j’ai dû sonner, demander, supplier ?! Combien de fois j’ai entendu non, non, non ? Combien de fois elle m’a forcé dans la péri ? Combien de fois j’ai demandé de la présence, des conseils, j’ai dit que c’était trop long, j’ai été perdue, je ne savais pas que faire ?!

J’ai passé des heures sans pouvoir d’aller aux toilettes. Toute seule tout le temps avec mes réponses et ma peur.

Comment on peut appeler ça rapide ?!

Je n’ai trouvé rien de rapide dans mon accouchement. Je l’ai vécu comme un supplice interminable. Quand enfin ma fille était là j’ai dû attendre encore et encore de longues minutes pour l’avoir contre moi. En couche. Et tout ce qu’elle trouve à me dire c’est (je cite car ses paroles je ne les oubliera pas) :

  • Sa sortie a été trop rapide. Votre bébé a fait “plouf”.

Et elle se barre aussitôt. Donc elle qui a été témoin, qui a vu mes larmes, ma peur, mon état de choc, ma sidération, elle ne trouve rien d’autre à me dire après tout. C’est plus facile d’être dans le déni plutôt qu’accepter ses fautes. Plouf et on interdit à la future maman d’aller aux toilettes pendant des heures. Plouf et on lui refuse un TV qu’elle demande parce que ce n’est pas au gout de la sage-femme. Parce que de toute façon elle va faire quoi branchée de partout avec les contractions sous synto ?! Plouf et on lui impose la présence d’un groupe des personnes. Plouf et on coupe le cordon, enlève son bebe, elle pleure – alors on l’ignore. Plouf et on fait à son bébé ce qu’on juge nécessaire, on lui met la couche, tant pis pour connaitre son sexe. Plouf – on ne l’informe de rien, on ne met rien dans son dossier, on s’est rassuré sur l’état de son bébé. Donc c’est bon. Rassurer la maman, lui demander comment elle va, revenir sur ce qui s’est passé – c’est non, on va faire comme rien n’y était, on va appeler ça plouf. J’aimerais bien lui dire que les violences obstétricales ce n’est pas quelque chose qui se passe ailleurs mais en sa présence. Et apparemment pour elle ce n’est qu’un plouf.

Pour finir je voulais remercier toutes celles qui m’ont soutenu dans les commentaires et dans les messages privés durant cette année. Particulièrement le groupe SIVO, un gynécologue sur le groupe qui a répondu à toutes mes questions médicales, les doulas et les sages-femmes qui ont accueilli mon vécu et qui m’ont apporté beaucoup de réconfort. J’ai besoin qu’on me dise encore et encore que ce n’est pas normal ce qui m’est arrivé, c’est tout sauf un « bon vécu » et si les professionnels de santé refusent de l’admettre et font comme si de rien n’a été… c’est décevant, c’est lâche, c’est hypocrite.

Le trauma vicariant chez les soignants

Le traumatisme peut aussi toucher les personnes amenées à assister des personnes elles-mêmes traumatisées. Ce type de traumatisme s’appelle le trauma vicariant.

Si la gamme de symptômes qui sont associés au trauma vicariant sont bien identiques aux symptômes habituels du stress post-traumatique, sa cause est spécifiquement celle des accompagnants de personnes traumatisées.

Selon le DSM V, il correspond à la 4e catégorie de personnes pouvant être touchées par un ESPT, personnes étant exposées “de manière répétée ou extrême aux caractéristiques aversives du ou des événements traumatiques».

Il peut ainsi concerner :

  • des soignants (psychologues, médecins, sage-femme, auxiliaires de puériculture…),
  • des personnes de services d’interventions (pompiers, policiers,…)
  • mais aussi tout accompagnant de personne traumatisée (militants associatifs, …).

Toutes ces personnes peuvent être au plus proche de situations de mort effective ou de menace de mort dans le cadre de violences, d’agressions sexuelles ou blessures graves. Comme dans le cas des victimes, on note que le viol a une incidence forte.

Quels symptômes ?

La réaction au trauma peut être transitoire et se réguler dans le temps, ou perdurer durablement.

Le cortège de symptômes intègre :

  • des troubles de la concentration, des émotions (colère, tristesse peur,…) et de la mémoire,
  • des reviviscence (flashbacks, cauchemars, troubles du sommeil…)
  • de l’évitement
  • de l’hyper-réactivité (réactions très intenses, hyperactivité,…)

Ces réactions peuvent en parallèle être difficilement compréhensibles pour l’entourage ou les collègues.

Quels soins ?

La résilience est favorisée comme dans les autres cas par le soutien de l’entourage proche, mais aussi par l’environnement au travail (supervision, soutien entre pairs, réseaux professionnels).

L’approche pour le soin est souvent multidisciplinaire vu que le traumatisme est associé à un cumul de confrontation à des situations traumatiques. Les outils sont donc les mêmes que ceux indiqués sur le site en rubrique soins (EMDR, hypnose, psychothérapie, ICV, …) mais il est habituel de cumuler les approches pour être au plus près du besoin du patient.

En complément, voici une vidéo explicative concernant ce type de traumatisme (ici appliqué aux policiers) :

https://youtu.be/m02h3Vf48Ps

Quoiqu’il en soit, il demeure donc important d’en parler pour s’autoriser à aller mieux. Comme dans le cas de victimes directes, il s’agit d’une réaction normale à une situation anormale, qui peut être aidée.


Source : DSM V et revue Profession Sage-Femme d’octobre 2019.

5th annual birth trauma conférence – London

Organisée par l’association Make birth better réunissant des usager.e.s et des professionnel.le.s de la naissance en Angleterre, cette conférence s’est tenue sur une journée le 22 janvier 2020 à Londres.

Elle présentait des interventions de qualités sur ce sujet et les dernières avancées et innovations par des professionnels de secteurs variés (chercheuses, psychologues, sage-femme, sexologue, professeure de yoga).

Toutes ont eut à cœur de partager leurs connaissances et leurs découvertes concernant l’accouchement traumatique et son accompagnement, de façon complémentaire et empathique.

Parmi les interventions marquantes :

  • Dr Sophie Bagge, diplômée en psychologie de l’université d’East Anglia a présenté sa thèse qui s’intitulait : “A journey from science to art : Valuing the voices of women in the exploration of traumatic childbirth an perinatal mental health”. Sa présentation a été ponctuée de lectures de poèmes d’accouchements traumatiques très évocateurs.
  • Caroline Boyd, psychologue, s’est exprimée sur les pensées intrusives et leur survenue en fonction du stress ressenti par la maman (situation, lieu, support,…).
  • Emma Matthews, sexologue, s’est exprimée sur les problèmes sexuels après l’accouchement. Les troubles peuvent être de l’ordre du vaginisme ou des douleurs type vulvodynie/vestibulodynie, et sont définies dans le DSM V. Elles se caractérisent par une tension/douleur/contraction involontaire des muscles sexuels, des troubles du désir, des fluctuations dans le désir pendant l’acte sexuel et de l’évitement. Des thérapies sont possibles et rejoignent celles proposées par les soignants référencés sur le site des clés de Vénus.
  • Shweta Panchal, yoga thérapeute mais aussi diplômée de psychologie, a développé une approche autour du yoga pour la santé mentale en post-partum au sein du NHS (National Health Service). Les séances se basent sur la cohérence cardiaque qui a démontré ses effets bénéfiques dans la régulation du stress. Les séances se font sans bébé présent pour permettre aux mères de se consacrer à ce moment. La communication a été ponctuée d’un essai grandeur nature pour les personnes présentes dans la salle 😉
  • Julianne Boutaleb, psychologue périnatale, a clos la conférence en développant sur le devenir parent après un accouchement traumatique. Les parents servant de régulateur dans les émotions pour leur bébé, comment faire pour exercer ce rôle lorsque celles-ci sont déréglées après un trauma ? La culpabilité -d’être triste, de pleurer, de ne pas se sentir à la hauteur,…- occupe aussi un rôle central. Une prise en charge la plus précoce possible est défendue malgré un manque de psychologues périnataux dans certaines zones du territoire.

Cette conférence annuelle était riche en interventions et mériterait d’être organisée en France pour commencer également à se mobiliser autour de cette problématique, qui n’est pas moins présente sur le territoire français.

Témoignage : accouchement et COVID 19

Le nouvel Obs a publié récemment un témoignage dans ses pages d’une femme ayant été livrée à elle-même durant un long pré-travail en contexte de COVID19, avant d’être rejointe en salle de naissance par son conjoint une fois la mise en travail constatée. Aucun accompagnement humain ou de soulagement de la douleur n’a été proposée durant toute cette durée de pré-travail :

https://www.nouvelobs.com/nos-vies-intimes/20200513.OBS28770/accouchement-en-temps-de-covid-j-ai-traverse-seule-14h-de-contractions-c-est-criminel.html

Témoignages – l’accouchement traumatique

Le blog de la Mariée en colère publie régulièrement des témoignages d’accouchements, dont quelques témoignages d’accouchements traumatiques :

TW : césarienne sous anesthésie générale, hémorragie de la délivrance
TW : dissociation, grossesse pathologique, déclenchement, mauvaise prise en charge de la douleur, manque de soutien

Le site magicmaman.com a consacré un dossier spécial concernant l’accouchement traumatique avec plusieurs témoignages et l’interview d’une psychologue clinicienne :

https://www.magicmaman.com/,temoignages-elles-ont-vecu-un-accouchement-traumatisant,5905,2200869.asp


Femina a également publié un témoignage résilient d’une jeune mère après son premier accouchement et son cheminement vers une seconde grossesse :

https://www.femina.ch/societe/temoignages/jai-surmonte-un-accouchement-traumatique


L’ESPT a la maison des maternelles

Suite au lancement en version française du questionnaire « City Birth Trauma Scale » servant à évaluer la prévalence du stress post-traumatique lors de l’accouchement, Pr Wissam El Hage, psychiatre au CHRU de Tours et professeur de psychiatrie adulte à l’université de Tours, a été invité à parler du sujet sur le plateau des Maternelles :

Le questionnaire est toujours en ligne et peut être complété par les personnes ayant vécu ou assisté à la naissance de leur enfant il y a moins d’un an :

https://sphinx-8080.univ-tours.fr/v4/s/llhy61